Il était une ville, Thomas B. Reverdy

Publié le 25 Novembre 2015

   L'ascention vers la chute

     Détroit est une fourmilière qui s'agrandit sans cesse, sans limite, notamment grâce au Taylorisme, et à son efficacité remarquable. C'est la capitale de l'industrie automobile, ou du moins, ça l'était, au temps ou cette ville en était une...

      C'est en 2008 que tout commence à partir en vrille, avec la crise des subprimes. Cette crise, lorsque le roman commence, est déjà bien avancée. Quand Eugène arrive à Détroit, il y a une pesante impression de vide. En réalité Détroit « est » vide dans un certain sens, la ville est déjà aux trois quart « avalée » par la crise. La « catastrophe » ils appellent ça. Faut les comprendre, c'est ça qui a vidé un nombre impressionnant de maisons à cause de la faillite, du manque d'argent, des dettes. Eugène avait déjà « tiré » deux ans dans l'entremonde chinois, une série de bâtiments qui regroupait les endroits essentiels à la vie quotidienne dans des unités, comme l'unité de vie. Vraiment pas une belle expérience pour Eugène..

       Au cours du roman, on suit donc l'aventure d'Eugène, un ingénieur d'entreprise français. Ce J3C « jeune Cadre à Carrière Courte », est assez attachant. On suit l'évolution du personnage, il est décrit assez fragile, effilé, timide, mignon dans son genre, bref, un homme qui ne se fait pas remarquer par tout le monde. Il est pourtant censé diriger le treizième bureau sous les directives de l'entreprise, chose qu'il réussit assez bien en fin de compte. Il acquiert confiance en lui, prend les choses en main.

         Charlie, lui, vit sa vie de garçon de douze ans. Il sort avec ses copains, « la petite bande », on découvre ses aventures, extraordinaires à ses yeux, ses expériences, ses joies, ses craintes, ses « conneries » et ses regrets, bref tout ce qui peut arriver à un enfant de son âge, et même des choses assez inattendues. Notamment de se faire influencer par quelqu'un qu'il croyait être son ami, Charlie finit par quitter sa famille pour partir à l'aventure avec ses deux camarades.

        Vient enfin le lieutenant Brown,un « flic », un simple « flic », un des agents plus tout jeunes, désigné pour faire régner un semblant d'ordre dans Détroit. Il est l'original de son boulot, insomniaque, considéré comme dérangé par ses collègues. La plupart des dossiers en attente ou non classés lui sont remis, il n'en dit rien et se contente d'essayer de résoudre une affaire de personnes disparues. Il est presque à la retraite, ça lui permet de faire passer le temps durant ses nuits de veillées. C'est d'ailleurs lui qui traitera l'affaire de la disparition des dizaines d'enfant de cette ville.

         Au fond, ces personnages ont un point commun ils voient la même chose avec chacun des problèmes de leur âge.

        J'ai beaucoup apprécié ce roman. Malgré un démarrage que l'on pourrait trouver un peu long, le suspens est présent et vous emporte avec les personnages. Au fur et a mesure que la lecture avance, les péripéties des différents protagonistes se rejoignent et amènent à une certaine réflexion. Le fait de dénoncer le rôle des bourses et les rendre responsables de la crise, au même titre que les entreprises qui se contentent de licencier aux lieu de régler les problèmes, permet de voir cette crise sous un autre angle.

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Il était une ville, Thomas B. Reverdy

Rédigé par Billant Steven

Publié dans #Critiques littéraires - Goncourt 2015

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