« Recuerdos », mémoire de l’exil espagnol

Publié le 15 Février 2018

Edition du 16/02/2018

Edition du 16/02/2018

"J'aime quand une musique raconte une histoire"

 

Le musicien Guillaume Lopez évoque la genèse de son spectacle « Recuerdos », devant des élèves du lycée de l'Elorn

Le musicien Guillaume Lopez évoque la genèse de son spectacle « Recuerdos », devant des élèves du lycée de l'Elorn

Le musicien Guillaume Lopez a forgé son spectacle Recuerdos, à partir de l'exode de ses grands-parents espagnols en France. Des lycéens de St-Sé et de l'Elorn l'ont rencontré.

Fuyant la guerre civile, en février 1939, environ 450 000 personnes ont franchi la frontière française. Parmi ces réfugiés espagnols, qui ont tout abandonné derrière eux lors de leur exode, le grand-père de Guillaume Lopez, Francesc Lopez.

« Un jour, j'ai décidé de retourner découvrir l'Espagne et sa région natale, confie le musicien. Mon grand-père ne comprenait pas pourquoi j'avais une envie si forte de connaître la petite histoire d'une grande histoire. » Soixante-dix-sept ans plus tard, Ce petit-fils décide de raconter ce voyage douloureux à travers un spectacle musical, intitulé Recuerdos (Souvenirs), aux côtés de Morgan Astruc et Simon Portefaix.

Mardi matin, Guillaume Lopez était invité, aux lycées Saint-Sébastien et de l'Elorn, pour évoquer la genèse du spectacle, qui était présenté au Family par les Jeunesses musicales de France, le soir même.

« Huit mois dans un camp »

Des élèves de seconde, première et terminale, majoritairement en section européenne, « ont travaillé sur la ressource documentaire fournie par le service des archives municipales », explique Christian Lardato, professeur de français au lycée public. « En cours de français, d'espagnol ou d'histoire-géo, les élèves ont découvert ce passé à travers des films, des photos, des BD, des peintures... » « Plusieurs d'entre eux sont d'origine espagnole. Cette période résonne fort en eux. Et, puis, on est en plein dans l'actualité avec les migrants », note Éric Le Moal, prof d'histoire-géo.

« J'aime quand une musique raconte une histoire », déclare celui qui a développé une approche sensible des musiques traditionnelles dont il s'inspire pour écrire ses chansons.

Le spectacle Recuerdos « a pris forme dans l'histoire de mes quatre grands-parents. Ces parcours de vie, j'ai voulu les partager ». À huit ans, « ma grand-mère a franchi la frontière avec mon grand-père et leurs parents dans une charrette contenant quelques oeufs, des conserves... » La longue marche dans la neige des Pyrénées « les épuise. À Argelès, dans le camp fermé de barbelés, ils resteront huit mois. » « Leurs récits n'expriment aucune rancoeur, glisse, admiratif, Guillaume. Ils ne se sont jamais plaints. »

Souvent, à la fin du spectacle, « des personnes viennent, en pleurs, nous remercier de faire ressurgir des chansons espagnoles, quatre-vingts ans après, livre l'auteur de Recuerdos. Elles me parlent de leur histoire. C'est émouvant. »

 

 

Edition du 15 février 2018

Edition du 15 février 2018

Réfugiés. « Recuerdos » et lycéens en résonance

Guillaume Lopez a expliqué la matrice historique familiale de son spectacle « Recuerdos » aux lycéens de l'Élorn, peu avares en questions.

Guillaume Lopez a expliqué la matrice historique familiale de son spectacle « Recuerdos » aux lycéens de l'Élorn, peu avares en questions.

Avant de monter sur la scène du Family, en soirée, jouer leur spectacle « Recuerdos, souvenirs d'Espagne », Guillaume Lopez, Morgan Astruc et Simon Portefaix, les trois musiciens, ont accompli, ce mardi matin, deux crochets par les lycées de Saint-Sébastien puis de l'Élorn. Au lycée privé, Élodie Daubrège et ses élèves ont échangé sur le support de leurs ateliers en lien avec la Guerre d'Espagne. Au lycée public, Éric Le Moal (prof d'histoire), Christian Lardato (lettres) et Morgane Le Quéau (prof documentaliste) ont emmené 70 élèves (de la section euro espagnol principalement) à échanger avec le trio.

À travers l'espace et le temps

Les jeunes ne découvraient pas le thème de la guerre civile espagnole en général et de l'exil des républicains en Bretagne, en particulier. Certains travaillent ce thème à partir de documents numérisés, confiés par Marie-Pierre Cariou du service municipal des archives, révélant l'arrivée de centaines de  femmes et d'enfants espagnols à Landerneau, en 1937. La page d'histoire a dépassé les frontières de l'Espagne. Et du temps. Précisément, le Toulousain Guillaume Lopez est petit-fils d'exilé.

Les grands-parents Vidal ont fui le franquisme à l'aube de la Deuxième Guerre mondiale. Les grands-parents Lopez, la misère économique de Grenade, en 1958. Comme les réfugiés d'aujourd'hui et de tout temps, la nécessité de fuir un pays qui ne leur offrait plus d'avenir a activé leurs pas. Hâtifs pour les Vidal, traversant les Pyrénées enneigées avec la mort à leurs trousses. Pour être internés dans les sinistres camps d'Argelès-sur-Mer, du Barcarès ou de Rivesaltes. À 80.000 réfugiés entourés de barbelés. Avant de refaire leur vie. Et de ne plus en parler.

Histoires singulières en partage

« Cette histoire a été taboue pendant 60 ans dans les familles », confirme Guillaume Lopez. Mû par des questions identitaires, l'artiste a réussi à percer la muraille de silence et à recueillir les témoignages de ses grands-parents. « La naissance du projet Recuerdos : Il ne s'agit pas de l'Histoire de la Guerre d'Espagne, je ne suis pas historien, mais de parcours de vie qui m'ont donné la force d'écrire un spectacle dit de musique du monde (flamenco) et l'envie de le partager ». Pas avares en questions, les lycéens ont répondu à cette intention interactive qui trouve résonance dans d'autres histoires d'aïeux migrants. Il y en a quelques-unes. Un peu partout.

 

 

Publié le 10 novembre 2017 :

« Recuerdos », mémoire de l’exil espagnol

« Recuerdos », mémoire de l’exil espagnol

Entre juin et octobre 1937, Landerneau a accueilli deux cents Espagnols qui fuyaient les persécutions dans leur pays. Le Service Historique de la ville en a conservé des témoignages et les met à la disposition des élèves. Des TPE, des séquences interdisciplinaires mêlant des cours d’Espagnol, d’Histoire-Géographie et de Français vont leur permettre découvrir ce passé.

Le 13 février prochain, un concert des Jeunesses Musicales de France le fera revivre sur la scène du Family, à 20h30. Nous convions tous les élèves qui ont travaillé sur le sujet à y assister.

Le CAMOM – Cie Guillaume Lopez (Midi-Pyrénées)                                                                       Guillaume Lopez chant, flûte,                                                                                                                               Récit Morgan Astruc                                                                                                                                                Guitare Simon Portefaix percussions                                                                                                                   
Conception artistique Guillaume Lopez                                                                                                              
Musique Guillaume Lopez et répertoire populaire espagnol

Rédigé par Lettres

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