Albane Gellé par Enna et Maxime, 1L

Publié le 3 Mai 2014

 

 

albane-gelle.jpg          Albane Gellé est une poète française, née à Guérande en 1971. La publication d'oeuvres comme Nous valsons, Je te nous aime, L'air libre, ou encore De père en fille s'accompagne de rencontres, et d'animation d'ateliers d'écriture. Elle publie, avec le soutien de l'association Tenir, Debout, un recueil de poèmes intitulé Si je suis de ce monde.

 

IMG-copie-4

 

Le recueil de poèmes Si je suis de ce monde



         L'association Tenir Debout a donné son nom à une exposition au musée des Beaux-Arts de Valenciennes, de novembre 2011 à mars 2012. Cette association assure la promotion d'artistes, et de l'art en général. Son but est la création de formes contemporaines en promouvant la rencontre, la diversité et la formation artistique. L'exposition éponyme a proposé une interrogation sur l'Homme, sur le corps et les limites de l'être et sur le rapport à l'autre. L'exposition avait un double sens : "Tenir debout", au propre, sur ses jambes, ou au figuré dans le simple fait d'être humain. Elle soulèvait aussi la question de la dignité de l'homme. Cette exposition avait donc une intonation humaniste, et avançait l'idée que l'homme vit d'une élévation ; elle proposait aussi un discours sur la société. Elle était construite en cinq sections : "pointer", "se tenir", "faire face", "faire bloc", "éprouver". "Tenir debout" contient une critique, une idée de résistance contre quelque chose, une réflexion sur la vie. Elle avait pour ambition de faire descendre l'Homme de son piédestal. La volonté du commissaire d'exposition était de construire une exposition à partir de méthodes artististiques différentes, de dispositifs différents, et de nombreuses installations. La seule loi de l'exposition, c'était que les créations tiennent debout, toutes seules, comme celle-ci :


tenirdebout.jpg


Cette photographie a été réalisée par William Wegman, l'un des 35 artistes

contemporains participant à l'exposition. On y compte au total 80 oeuvres.


          Tout type de matériau, de figures étaient autorisés. Afin d'y inclure toutes  les formes d'art et d'artistes, le commissaire d'exposition voulait aussi y inclure la poésie, d'où la présence d'Albane Gellé. En voyant ces oeuvres, Albane Gellé a trouvé l'inspiration, et a commencé à écrire. Un, puis deux, puis trois poèmes. Si je suis de ce monde est le résultat de l'accumulation de ces poèmes. Le titre est symbolique, puisque la poète explique : "Si je suis de ce monde, il faudra bien tenir debout".



Albane Gellé, poète depuis toujours

         "Depuis toujours", répond-elle du tac au tac lorque l'on demande à Albane Gellé depuis quand elle écrit. Enfant déjà, elle écrit des poèmes. L'écriture, pour elle, est alors un rempart contre le silence, ce silence dans lequel la fillette, timide et mal à l'aise, s'enferme. Elle le dit elle-même, la poésie a été pour elle un refuge, un lieu sûr face au handicap de l'oral, soigné par les rimes et les alexandrins nés de sa plume. Très vite, elle a su que la poésie était le plus important, "quelque chose de nécessaire", un. En 1990, alors qu'elle a dix-neuf ans, elle rencontre Louis Dubost, directeur des éditions du Dé bleu, qui lui conseille de se rapprocher de la Maison de la poésie de Nantes, une association qui a pour but de diffuser la poésie auprès du grand public, d'en faire connaître la diversité, la richesse, et de promouvoir des échanges autour de la poésie. Ainsi, de ses vingt à vingt-cinq ans, elle découvre véritablement la poésie, entre lectures et rencontres. Le soutien de ses parents, qui l'ont encouragée à faire ce qu'elle aimait, a fini par faire d'elle une poète à part entière. Plus tard, Albane Gellé tentera par ailleurs de concilier poésie et métier d'institutrice, sans y parvenir : la poésie reste pour l'auteure "un axe, une colonne vertébrale, qui [la] fait tenir debout".



Le choix de la poésie, un domaine de liberté

           Parmi une palette très étendue de genres, Albane Gellé a choisi la poésie. Pourquoi ? Cela lui laisse le temps de penser, le temps d'être libre. La poésie pour elle, c'est "un domaine de liberté". En fait, la poésie n'a pas vraiment été une décision pour elle. Le genre l'inspire, c'est pour elle une "histoire de respiration, de souffle", que l'on ne trouve pas, ou moins dans d'autres genres littéraires, comme dans le roman. La construction d'une histoire lui demande un effort, alors que la poésie lui vient naturellement.



Une conception de la poésie, entre introspection et ouverture à l'autre

            Albane Gellé a une conception particulière de ce genre qu'elle a choisi : elle court à la recherche du bonheur, dans une introspection permanente. Cependant, au-delà de ce repli sur elle-même, la poésie lui permet grâce à des événements comme le Printemps des Poètes, d'échanger avec d'autres personnes lors de rencontres dans des maisons de retraite, des lycées, des prisons, des hôpitaux psychiatriques... C'est cet équilibre entre deux pôles, la solitude et l'extérieur, qui lui plaît dans le métier : selon elle, "la langue se nourrit du réel, de la rencontre".

              La poésie pour elle est une expression de soi, et des autres. "Un poème est habité par quelqu'un", l'auteur, qui se dévoile. D'ailleurs, la publication de ses livres lui laisse toujours une part d'émotion, due à cette part d'intimité qui s'envole. Bien sûr, elle garde certains poèmes, trop intimes, pour elle, au fond d'un tiroir. Mais selon elle, l'intime est moins intéressant pour l'autre.



La poésie, entre inspirations et style personnel

              Albane Gellé tire son inspiration de domaines variés : tout ce qu'elle entend, tout ce qu'elle voit, sent, goûte est propice à l'écriture. Cette exploitation de tout ce qui l'entoure lui permet d'avoir un rapport au monde différent, ce qui est selon elle une richesse.

                Ses nombreuses lectures lui permettent de "se nourri[r] de ce [qu'elle] lit". En effet, vers vingt ans, elle rencontre Antoine Emaz, poète, dont l'écriture la fascine. Elle s'inspire alors beaucoup de son oeuvre, mais au fil des ans son propre style apparaît, même si les oeuvres qu'elle lit ou qu'elle a lues dans le passé laissent une trace dans son écriture, parfois sans même qu'elle s'en rende compte. "On a oublié qu'on savait, on a oublié qu'on a lu, on a oublié qu'on a vécu", glisse-t-elle à ce propos.

emaz3.jpg

Antoine Emaz, poète

 

              Son style, elle semble ne pas pouvoir le définir ; elle saurait décrire celui des autres, comme celui d'Emaz, mais pas le sien. Elle l'admet, on retrouve dans sa poésie des "tics, des choses qui reviennent", comme l'absence de ponctuation dans le recueil Si je suis de ce monde. Lorsqu'on l'interroge sur ce choix, elle précise que ça n'a pas été une décision de départ, mais plus un rythme qui s'est installé au fil des pages ; plus elle écrivait, plus les virgules disparaissaient. Malgré son style atypique, la poète refuse de s'inscrire dans un mouvement donné. D'ailleurs, peut on encore parler de mouvement littéraire à l'heure actuelle ? Pour elle, il y en a deux : un courant lyrique, et un autre plus formaliste. Albane Gellé se place entre les deux.



Un travail étape par étape

           "On pense à partir de ce qu'on écrit", écrit Aragon. Lorsqu'elle travaille, Albane Gellé applique cette règle. En effet, elle ne commence jamais un poème ex nihilo, à partir d'une simple page blanche. "C'est horrible !", s'exclame-t-elle lorqu'on évoque cette fameuse page blanche, qu'elle contre en tenant de nombreux carnets, griffonnant des notes par ci par là, écrivant au fur et à mesure, se laissant porter par son imagination. Quand elle commence à rédiger un poème, elle ne sait pas de quoi la suite sera faite. C'est à partir de cette écriture quasi automatique qu'elle retravaille ses textes. 


           On oublie parfois que la poésie, de l'Antiquité au XVIème siècle, était chantée et non lue. Albane Gellé elle, s'en souvient, en expliquant avoir besoin d'entendre ses poèmes après les avoir rédigés. "La poésie, il faut la réentendre, réentendre les mots", glisse-t-elle. Et comme preuve de cette affirmation, elle se plie volontiers au jeu de la lecture de quelque uns de ses poèmes. Cela fonctionne : certains textes, parfois difficiles ou mal compris, prennent sens lorsqu'ils sont prononcés par l'auteure.


            Albane Gellé considère son oeuvre Si je suis de ce monde comme un livre plus qu'un poème, par sa construction et son ordre. En effet l'étape finale consiste à choisir l'ordre des poèmes dans le recueil. Pour ce faire, l'auteure étale l'ensemble des feuilles sur le sol et choisit. Ce n'est pas un hasard si tel poème suit ou précède tel autre ; il y a une véritable recherche, en fonction des thèmes, des sonorités des différents textes, le choix du premier et du dernier poème étant bien sûr primordial.


            Ce poème, figurant sur la quatrième de couverture de Si je suis de ce monde, est le préféré de l'auteure. Pourtant, sa place est un choix de l'éditeur.

 

475

              La publication du recueil marque l'achèvement du travail du poète. Malgré tout, Albane Gellé affirme que le meilleur livre est toujours celui qu'elle est en train d'écrire. Finalement, c'est dans une quête de perfection qu'elle se lance à travers la poésie...



Une valeur universelle et intemporelle

               Une question apparaît à chaque lecteur au cours de son existence : l'écrivain, qu'il soit poète, dramaturge ou romancier, pense-t-il toujours à tout ? Les figures de style, sensations, sonorités, rythmes, tons ont-ils été intensément réflechis au préalable ? Albane Gellé affirme que dans une oeuvre, il n'y a pas de sens unique, c'est au lecteur de ressentir la poésie. Pourtant, la poésie éveille aussi la peur chez de nombreuses personnes  : celle de ne pas comprendre, de ne pas se sentir concerné. Cette peur est due à l'aspect mystérieux, imaginaire de la poésie. Or elle concerne chaque lecteur. Chacun interprète un texte différemment ; une oeuvre, un poème, une ligne, peut donner de l'émotion à un lecteur et laisser son voisin de marbre ; on peut également ressentir de l'émotion, et aimer un poème que l'on ne comprend pas ! La poésie a donc pour Albane Gellé une valeur universelle, qui s'inscrit également dans la durée, même si le poète laisse une part d'éphémère. Mais l'auteure explique que "les livres vivent" : des livres sont publiés, d'autres, plus anciens, sont réedités... ainsi ce qui s'applique à la poésie est valable, selon elle, à la littérature en général.

Rédigé par Lettres

Publié dans #Printemps des poètes 2014 - Albane Gellé

Repost 0
Commenter cet article