Dans les limbes

Publié le 20 Juin 2012

        Aux pierres du château des Murmures se mêlent des filets de voix.

       Des voix de femmes, à peine audibles, fantômes d'un passé lointain effacé des mémoires. Mais lorsque l'on tend l'oreille, parmi toutes ces supplications, une voix se fait plus forte que les autres. C'est une jeune fille. Elle crie sa détermination, sa révolte. Une révolte contre l’Église, contre son mariage forcé, contre une éducation trop protectrice, contre son père. Le jour du mariage, Esclarmonde dit « Non ». À partir de là, elle se condamne volontairement à une errance entre réel et spirituel. Elle décide de se faire emmurer, et c'est entre ces quatre murs que l'on suit l'histoire d'une héroïne hors du temps qui "éclaire le monde", depuis la cour du château jusqu'aux terres saintes de Jérusalem.

 

        Qu'est-ce qui nous charme dans ce roman? Qu'est-ce qui nous retient attaché à ces pages ?

          Une étrange alchimie. Voilà ce qu'est l'écriture de Carole Martinez. Une croisade des sentiments, un conte de fée perdu dans les méandres du temps. Un récit sombre et obscur empli de tristesse raconté avec poésie et douceur dans lequel les mots nous emportent dans un souffle où fables et légendes viennent se confondre à un quotidien de châtelains, d'hommes d'Église et de pèlerins. Ces hommes et ces femmes, qui ont besoin de croire, en un Dieu, en une messagère, en une sainte. Mais malgré les songes de ces âmes torturées, les cloches sonnent, l'espoir subsiste. Dans un XII ème siècle ravagé par les hommes et leurs guerres insensées, il est difficile pour une demoiselle de vivre heureuse et la seule échappatoire honorable est la religion. Mais lorsque l'humanité entière vous dégoûte, il ne reste que le reclusoir. La jeune femme, dans son isolement, apprend beaucoup et se rend peut être compte que la voie du Christ n'est pas obligatoirement la clé d'une liberté rêvée.

 

        Tout en arpentant les ténèbres de sa cellule, en communion avec le ciel et la terre, Esclarmonde n'oublie pas de mettre en garde chaque lecteur : « Certes ton époque n'enferme plus si facilement les jeunes filles, mais ne te crois pas pour autant à l'abri de la folie des hommes. » Les traces d'une existence passée ne sont pas éternelles. Et c'est avec plaisir que l'on vient s'égarer dans ce roman qui nous les rappelle.

 

 

        Du domaine des murmures est une ode à la vie, un requiem pour les vivants.

 

Clément A. 1A - Carole Martinez, Du domaine des murmures, Gallimard

Rédigé par Lettres

Publié dans #Critiques littéraires - Goncourt 2011

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