Gilles Martin-Chauffier, La femme qui dit non

Publié le 17 Novembre 2014

Long Mensonge Tranquille

 

La vieillesse semble la chute de notre vie. Elle provoque quelques rides, le dos courbé, la démarche lente et difficile. Parfois la mémoire, les souvenirs décident de faire leurs bagages. Mais certains, certaines veulent ne jamais devoir oublier. Alors quoi de mieux que d'écrire en quelques lignes, en quelques pages le souvenir de sa propre vie ? Gilles Martin nous invite à voyager à travers les jeunes années d'une héroïne de quatre-vingt-dix ans. En passant de la seconde guerre mondiale à la guerre d'Algérie, à travers ses déboires amoureux, il nous raconte la belle histoire de Marge, une anglaise si peu conformiste.

 

1938. Veille de la seconde guerre mondiale. Alors qu'Hitler devient tout puissant, l'Ile-aux-moines elle, ne semble pas entendre l'orage qui gronde au loin. C'est dans le Golfe du Morbihan qu'accostent la jeune Marge et son père. Mais, à seulement dix-huit ans, la politique est loin d'inspirer notre anglaise qui, malgré son côté masculin, semble bien attirée par deux beaux jeunes hommes qui bousculeront sa vie entière. Les deux sont bretons, mais l'un deviendra irlandais. C'est une histoire difficile, celle d'un triangle amoureux, rythmée par la situation politique changeante de l'époque. Entre sa belle-mère qui semble la détester et son fils qui semble s'éloigner, comment Marge survivra-t-elle à son propre mensonge ?

 

Que pensait Marge en arrivant par hasard sur cette île à l’abri de la modernité ? Jeune femme adorable, à la féminité masculine, tout semble évident pour elle ! Oui, une femme a le droit de travailler, oui une femme a le droit de s'amuser. Marge est bien plus qu'une « femme qui dit non » elle est le modèle de la femme moderne. Tout au long de l'histoire, elle conserve ses qualités comme ses défauts et son goût dangereux de changer les choses. Sa témérité se fond dans le calme et la douceur de Blaise, dont les silences suffisent à combler les dialogues. C'est un homme dont l'amour pour les mers et les océans n'a d'égal que celui qu'il porte pour sa femme, Marge, et son fils, Timmy. Mathias roux, grand, musclé, à l'allure de « rugbyman » ne restera pas de glace devant notre jeune « british ». C'est là le début d'un mensonge dont même le caractère acariâtre d'une belle-mère oppressante ne se doutera pas.

 

De la sorte, le lecteur semble transporté et devient figurant de chaque scène, à chaque moment. C'est un voyage poétique, attendrissant. L'auteur tente de nous raconter une vie compliquée, ce n'est pas seulement le personnage principal qui fait le chef-d’œuvre, mais aussi et surtout le contexte. Il nous montre à travers les yeux d'une étrangère, ce que nous sommes, ce que la singularité peut apporter de bon. Ce petit îlot breton est certes coupé des évolutions contemporaines, mais il semble alors si rare et si paradisiaque ! Le lecteur est exposé à de nombreux pans de l'histoire et c'est cela qui fait la richesse de ce livre. Il parle d'amour, de politique, d'humanité et de mensonges. Mais après tout, la vie n'est-elle pas un long mensonge qu'on essaie, malgré nous, de rendre doux ?

 

Mélinda, 1L

la-femme-qui-dit-non-gille-martin-chauffier

Rédigé par Lettres

Publié dans #Critiques littéraires - Goncourt 2014

Repost0
Commenter cet article