Palladium de Boris Razon

Publié le 26 Novembre 2013

 

L'amour d'une maladie

 

Mon premier est une métamorphose, mon deuxième sont les aventures d'un sphinx et mon troisième est un homme.

 

Ce livre parle d'un homme, Boris, « meurtrier sans âge » sous l'emprise de sa maîtresse, la maladie. Tout allait pourtant si bien, il était heureux, heureux de vivre, heureux d'avoir une famille, heureux de ce qu'il avait. Pourtant, la métamorphose a commencé quelque part. Où ? Il ne le sait pas. Nous revivons son histoire à la recherche de cette réponse, nous voyageons avec lui, en tant qu'ami, nous essayons de savoir ce qu'il s'est passé, pourquoi, comment et où. Pourquoi personne n'a réagi lorsqu'il se plaignait de ses douleurs, pourquoi l'avoir laissé tomber dans la maladie qui a fini par le paralyser, le ronger ? Tant de questions apparaissent au fur et à mesure de la lecture. Pourtant, sans rien y comprendre, nous continuons à lire ; en effet ce personnage est attachant, important, nous devenons son ami, nous suivons son aventure avec lui. Ensemble nous découvrons les aventures du sphinx, l'atrocité de la maladie au fil des hallucinations : des prostituées japonaises, des artificiers, des russes qui ramassent des malades tombé à la mer... Jusqu'à arriver à la découverte de cet homme, un autre homme, celui que l'on a appris à aimer. Nous finissons par assister à sa renaissance, à la renaissance d 'une autre personne.

 

Lorsque l'on commence à lire ce roman autobiographique, on ne s'attend pas vraiment à cela. Au début tout est calme. Récit des jours avant la paralysie, avant la folie. Nous partons du commencement, nous apprenons à l'aimer, à le connaître. Pourtant, en commençant la deuxième partie, les aventures du sphinx, le roman commence à se faire lourd, oppressant, sans sens, incompréhensible, nous le suivons dans le malheur de Boris, dans sa maladie, dans ses hallucinations, et nous continuons à lire, nous apprenons à sourire, à pleurer et à souffrir avec lui, tandis qu'il nous soutient de temps à autre. Il nous rappelle de boire, de faire des pauses, de nous reposer de temps en temps. Il est avec nous, il est toujours là pour nous faire toujours plus aimer son histoire. Voilà un véritable chef d’œuvre plein de jeux de mots. Certains passages marquent plus que d'autres. Celui qui m'a marquée est la personnalisation de la maladie qu'il a attrapée : il a réussi à la rendre humaine, sexuelle, il l'a transformée en maîtresse qui le maintient au lit comme une experte, « tout ce qu'elle touche, tout ce qu'elle caresse, tout ce qu'elle embrasse a cessé de fonctionner. ».

 

De cette manière, Boris nous emporte avec lui, nous fait découvrir cet univers, son univers et nous fait avoir un tout autre point de vue sur notre propre vie. Ce roman à la fois autobiographique, fantastique, dramatique, comique et vulgaire serait capable de vous clouer à une chaise et de vous faire lire pendant des heures, des jours, des semaines.

 

Manon, 1L

 

Rédigé par Lettres

Publié dans #Critiques littéraires - Goncourt 2013

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