Rien ne s'oppose à la nuit - Delphine de Vigan

Publié le 11 Mai 2012

 

Un passé qui se tait

 

Le silence, Lucile et son silence. Le silence est Lucile. Dans son dernier roman, Rien nes'oppose à la nuit, Delphine de Vigan nous transmet ce silence en disant tout. Mettre ses peurs de côté et raconter ce silence. Lucile, silencieuse petite fille, est devenue une mère obligée de se taire face à ses enfants qui ne peuvent rien pour elle. L'auteur n'éludera aucun fait pour écrire avec courage sa vie et dans le même temps, celle de sa mère. Cette vie si proche de la sienne et pourtant si lointaine. Cette vie obscure et mystérieuse, pleine d'évènements troublants et de morts déconcertantes.

 

Comment faire le deuil de Lucile ? Une mère si discrète s'enfermant quotidiennement dans un mutisme profond et sans fin, emprisonnée dans une camisole chimique pour se protéger du monde environnant.

Lucile perd peu à peu les êtres qui lui sont chers dès son plus jeune âge. Antonin, un des ses jeunes frères, premier mort d'une longue série, suivi de Jean-Marc, l'enfant adopté pour occuper le vide qu'Antonin avait laissé dans cette famille si nombreuse. Vient ensuite le tour de Milo. Au fond d'un bois ou d'une clairière, le frère de Lucile se tire une balle dans la tête. Plus que la mort encore, Lucile est une objet de fascination pour son père, ce qui les emmène aux limites des relations incestueuses. Sur cet épisode de la jeunesse de sa mère, Delphine de Vigan ne peut que supposer. Ses proches ne veulent ou ne peuvent en dire plus sur cette passion folle de son père face à sa fille. La romancière s'acharne à comprendre cette famille si complexe et énigmatique, et s'en sort avec brio.

 

Dans ce roman, Delphine de Vigan parvient à nous transmettre ses doutes sur ces deux vies entremêlées. Mais son style léger réussit à nous faire passer sans encombre les moments difficiles. De plus, l'alternance de l'histoire de sa vie et de ses réflexions sur l'écriture de ce livre nous prouve qu'il est éprouvant de démêler l'histoire de sa famille.

 

Au fil des pages et de notre lecture, ces destins nous emportent comme dans un tourbillon de sentiments destructeurs mais véritables. Rien ne s'oppose à la nuit. Mais l'amour d'une fille pour sa mère prouve le contraire. Elle éclaire l'obscurité de son enfance grâce à sa plume et lève le voile de la maladie de la dépression pour en parler librement.


Clémence Z.

Rédigé par Lettres

Publié dans #Critiques littéraires - Goncourt 2011

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Melodie 11/05/2012 11:55

Bof