Publié le 19 Février 2021

A la veille des vacances d'hiver, force est de constater qu'entre le dédoublement des classes, à cause de la Covid, et le récent épisode neigeux, le projet annoncé fin janvier a pris du retard...

Mais il faut "tenir debout", comme dirait Albane Gellé que nous avons accueillie en 2014 lors de notre première collaboration avec la Maison de la poésie. Puisque nous avons le label "Ecole en poésie" et qu'elle est la marraine de l'édition 2021, les élèves de 2de découvriront son recueil, Si je suis de ce monde, seront invités à écrire à "la manière de" avec la complicité d'Hervé Eléouet, avant de s'essayer à la mise en voix, avec l'aide de la metteuse en scène Martine Geffrault Cadec...

Lycée en poésie
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Rédigé par Lettres

Publié dans #Printemps des poètes 2021 en 2de

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Publié le 3 Février 2021

Florence Jou sera l'invitée du lycée de l'Elorn le 16 mars prochain pour présenter Alvéoles Ouest aux élèves de 1G2. Le travail d'approche commence dès cette semaine (lecture des textes, enquête sur l'auteur, analyses, questions à lui poser...)

Après le concours de critiques en marge du Goncourt des lycéens, cette rencontre offre une nouvelle occasion de découvrir la littérature immédiatement contemporaine. 

Organisée par la Maison de la poésie de Rennes, elle a le soutien de la médiathèque de Landerneau et du conseil régional. Elle s'inscrit aussi dans le cadre du Printemps des poètes, dont le thème 2021 est "le désir". Reste à espérer que les conditions sanitaires la rendront possible...

Florence Jou, Alvéoles Ouest

Extrait de la quatrième de couverture :

Florence Jou, invitée par Le Grand Café - centre d'art contempo-rain de Saint-Nazaire, a mené une enquête sur l'histoire du lieu et du territoire nazairien d'avril à octobre 2019.

Alvéoles Ouest est une fiction, entre poésie et théâtre, sur l'industrialisation, les moyens de production et reproduction, les rapports de domination.

Poète-performeuse, Florence Jou explore la plasticité de l‘écriture poétique, les interactions entre artistes (musiciens, artistes sonores, plasticiens) et les modes de diffusion artistique (performance, lecture, dispositif scénique .. .). [...]

Florence Jou, Alvéoles Ouest

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Publié le 2 Février 2021

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Publié le 30 Janvier 2021

Article du 29/01/2021

Article du 29/01/2021

La venue de Martine Geffrault-Cadec est la première étape d’un projet qui doit voir les élèves de seconde produire un texte, s’entraîner à le dire avant une captation vidéo.  (Christian Lardato)

La venue de Martine Geffrault-Cadec est la première étape d’un projet qui doit voir les élèves de seconde produire un texte, s’entraîner à le dire avant une captation vidéo. (Christian Lardato)

Vendredi, des élèves de seconde du lycée de l’Elorn de Landerneau ont accueilli la metteuse en scène Martine Geffrault-Cadec afin de travailler sur la prise de parole en public.

Depuis des années, des élèves de seconde du lycée de l’Elorn, à Landerneau, sont impliqués dans divers projets soutenus et financés par la région Bretagne. Depuis une expérience sur la scène du Family en 2015, Pascale Quidu et Christian Lardato ont fait le choix de travailler sur l’oralité et la mise en voix.

Curiosité et inquiétude

Prévu au tout début du mois, le lancement de l’édition 2021 a d’abord été reporté en raison du protocole sanitaire et du dédoublement des classes. Ce vendredi 22 janvier, un premier groupe a accueilli la metteuse en scène Martine Geffrault-Cadec. Elle était attendue avec un mélange de curiosité et d’inquiétude : qu’allait-on leur demander dans cette séance dont ils devinaient bien qu’elle ne serait pas ordinaire ?

Au début, Martine Geffrault-Cadec interroge les élèves sur leurs représentations de l’oral, sur la facilité ou la difficulté de prendre la parole, sur d’éventuels blocages. Sans surprise, cette année encore, « c’est la peur du regard des autres » qui paralyse. Puis viennent les exercices, masqués et à distance.

Plaisir partagé

Avec beaucoup de spontanéité, plusieurs élèves avouent avoir craint le pire. Mais ils sentent bien l’intérêt de la maîtrise de l’oral et disent aussi le plaisir de cette rencontre. Ce fut un rare moment d’expression un peu libre dans un contexte anxiogène. Plaisir partagé par l’intervenante frappée de plein fouet par les restrictions qui pèsent sur le monde de la culture. Reste à savoir si les cinq autres groupes pourront se lancer à leur tour dans le projet et si le contexte sanitaire permettra aux trois classes de vivre cette nouvelle aventure jusqu’au bout…

Si tout se passe bien, à terme, ce sont plus de 100 élèves de seconde qui devraient produire un texte engagé, en vers ou en prose et s’entraîner à le dire, avant une captation vidéo.

 

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Rédigé par Lettres

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Publié le 18 Décembre 2020

26 lèves de 1ère générale ont participé au concours de critiques organisé par le Conseil régional et le Bruit de lire. Début octobre Eric Le Hir de la Médiathèque, Adeline Joly de la librairie Les Passagers du livre et Véronique Delira, documentaliste au lycée de l'Elorn, ont présenté la sélection du Goncourt 2020. Deux mois plus tard, voici les critiques que les élèves viennent de publier. Les romans sont disponibles au CDI...

Le Goncourt des lycéens au Lycée de l'Elorn

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Rédigé par Lettres

Publié dans #Critiques littéraires - Goncourt 2020

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Publié le 14 Décembre 2020

Djaïbi Amadou Amal - Les Impatientes

 

Des femmes frappées par la patience

 

         Peule, musulmane et originaire de la région camerounaise, Djaïbi Amadou Amal connaît bien le sujet dont elle parle. Dans son roman Les Impatientes, publié d'abord sous le titre Les larmes de la patience, elle nous offre un témoignage inspiré de faits réels : mariée de force à dix-sept ans à un milliardaire de cinquante ans, l'auteure s'est inspirée de sa propre histoire et montre dans son livre le destin de trois femmes, qui subissent les violences d'une société patriarcale.

Écrit dans un langage courant, au plus près de la réalité, ce livre parle d'un sujet concret et actuel : la condition féminine dans un peuple africain. C'est l'histoire de Ramla, contrainte d'épouser le riche époux choisi par son père plutôt que le jeune homme dont elle est amoureuse ; c'est l'histoire de sa sœur Hindou, mariée de force à son cousin, un homme violent et immoral, qui ne respecte nullement sa jeune épouse et qui fait valoir ses droits conjugaux ; c'est l'histoire de Safira, la coépouse de Ramla, qui voit d'un œil jaloux l'arrivée d'une rivale dans son foyer, alors qu'elle aime son mari et partage sa vie avec lui et ses enfants depuis vingt ans

Le rythme soutenu du récit contribue à la qualité du roman. Tout au long de la lecture, la tension s'intensifie dans chaque portrait : Ramla va-t-elle réussir à convaincre son père de lui laisser la liberté de choisir son époux et de continuer ses études pour devenir pharmacienne ? Hindou pourra-t-elle supporter longtemps la maltraitance dont elle est victime au quotidien ? Jusqu'où Safira est-elle prête à aller pour retrouver la complicité qu'elle avait avec l'homme de sa vie ?

Mais l'intérêt du récit va bien au-delà : rédigé à la première personne, chaque portrait fait entendre une voix féminine. En façade, chaque héroïne accepte de façon résignée les décisions et actions des hommes dont elle dépend : elle est censée obéir sans se plaindre, selon la formule rituelle Munyal (« Patience! »), qui revient comme un refrain au fil des pages. Mais, en réalité, elle éprouve une souffrance profonde et essaie de se rebeller en allant chercher de l'aide auprès de sa mère : en vain ! Chaque mère est impuissante à apporter de l'aide à sa fille, car elle-même dépend de son époux et se trouve victime de la domination masculine.

Dès lors, le témoignage s'apparente à une dénonciation. L'histoire racontée par celle qu'on appelle « La voix des sans-voix » permet de se rendre compte de ce qui se passe au Cameroun et on ressent de la colère de voir ces femmes poussées à bout sans pouvoir rien faire. Cette colère, c'est sans doute aussi celle de Djaïbi Amadou Amal, qui appelle à un changement : les femmes doivent être libres, avoir des droits et pouvoir dire non aux excès de leur conjoint.

           Le titre du livre est donc une jolie antiphrase de la morale peule inculquée aux jeunes filles. Alors que les femmes sont élevées pour être des épouses patientes et soumises, elles découvrent les limites de la patience, les limites de ce qui peut être supporté. Même si ce livre est sombre et ne laisse aucun moment de répit, il est poignant tant la réalité est choquante : il est conseillé à tous ceux qui aiment les histoires ancrées dans la vie quotidienne, qui apprécient la proximité avec les personnages romanesques et cherchent à réfléchir aux problèmes de la société actuelle.

 

Solenn

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Publié le 9 Décembre 2020

L’Enfant céleste, Maud Simonnot

Destination Ven

Une seule fois. L’épopée d’une vie. Un voyage unique, du genre qui forge le caractère. Qui crée des liens indéfectibles. Qui laisse en soi une marque indélébile. En écrivant son premier roman, Maud Simmonot s’engage elle aussi dans une magnifique aventure. Elle retrace le voyage de Célian, accompagné de Mary, sa mère. Ce n’est pas une fuite mais un nouveau départ, une renaissance. C’est une chance pour eux comme pour nous.

Envie de vous évader ? De vivre dans une sorte de bulle ?

Sûrement, dans le contexte actuel. Alors plongez dans L’Enfant céleste, un roman polyphonique relevant du journal intime. S’entremêlent ici les voix de Mary et de son fils, ce qui donne un certain charme à l’ensemble. Appréhendez les blessures de deux êtres fracassés par la vie, ils sont si attachants. Leur histoire semble triste. Pourtant, ils vont apprendre à en faire une force.

Chacun sait qu’une odyssée littéraire est réussie lorsque son point de départ est bien amené par l’auteur. Ici, le parti pris est simple, mais efficace. Après une discussion avec son fils, Mary parvient à un constat : la douleur est devenue trop forte pour eux. Il faut que cela cesse. Alors elle prend une grande décision qui marque le tournent de leur vie. Passionnés tous les deux par la nature et l’astronomie de Tycho Bahe, il ne leur est pas difficile de choisir une destination à ce grand voyage. Pour eux, c’est une évidence.

Départ pour un bout de terre suédoise, en pleine mer Baltique, qu’ils sont impatients de redécouvrir. En effet, les deux protagonistes ont déjà beaucoup appris sur Ven par le biais de la littérature. Un pas après l’autre, jour après jour, surprise après surprise. Là-bas tout paraît facile. L’histoire de Tycho Brahe, héros local, fait écho à leur propre existence. Les gens vivent de manière modeste et chaleureuse. L’île bucolique permet à chacun de s’exprimer comme il le souhaite, sans que cela ne provoque la moindre polémique. Oui, il s’agit d’une bulle où il fait bon vivre. Chacun devrait avoir la chance de rencontrer sur son chemin les habitants de ce lieu et de vivre une aventure semblable. Ou, à défaut, de lire un roman d’aventure comme celui que nous propose Maud Simonnot. Un récit simple et bien écrit. Une véritable ode à l’amour et au partage.

« Pour cet enfant, la clef de son avenir sera de résister à la conscience du temps sans s’y noyer. » En ce qui concerne le lecteur, pas besoin de se rebiffer.

Ana 1G2

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Publié le 8 Décembre 2020

Hervé Le Tellier, L'anomalie

March VS June

« Il est une chose admirable qui surpasse toujours la connaissance, l'intelligence, et même le génie, c'est l'incompréhension. » L'auteur débute son histoire par cette citation empruntée à Victor Miesel et extraite d'un roman homonyme, nous prévenant ainsi que les pages qui suivront seront extraordinaires.

 

L'anomalie est un roman futuriste mais qui se déroule dans un futur proche. Il débute comme un roman policier par l'histoire de Blake, un tueur à gage. Suit une galerie de portraits de personnes très différentes, a priori sans lien les unes avec les autres. Tout d'abord, nous rencontrons Lucie Bogaert, monteuse parisienne de films, puis David Markle qui se meurt d'un cancer à New York, Sophia Kleffman, une petite fille américaine, Joanna Wasserman, une avocate noire de Philadelphie, Victor Miesel, un écrivain dépressif qui se suicide, Slimboy, un chanteur nigérian homosexuel, André Vannier, un architecte, amant de Lucie et enfin les scientifiques Adrian Miller ressemblant à un acteur américain (« mais lequel ? ») et Meredith Harper.

 

Nous comprenons que ces personnages, que nous avons découverts en mars ou en juin 2021, se sont tous croisés sur le vol Air France 006 entre Paris et New-York le 10 mars 2021, à l'exception d'Adrian et de Meredith. Au cours de ce vol très turbulent, durant lequel l'avion a traversé un énorme cumulonimbus et subi de graves avaries, il s'est passé une anomalie. En effet, trois mois et demis plus tard, le 24 juin 2021, ce même avion, bien qu'immobilisé sur le sol américain pour réparations, surgit sur les radars de JFK Airport et demande à se poser à New-York. Même avion, même équipage et mêmes passagers. Le FBI et la CIA prennent les choses en main : ils déclenchent le protocole 42, protocole créé comme une blague par deux scientifiques farceurs, dont Adrian Miller, suite aux attentats du 11 septembre, et isolent l'avion pour tenter de comprendre ce phénomène inimaginable.

 

Hervé Le Tellier, fort de sa formation de mathématicien, nous livre alors des théories scientifiques qui pourraient expliquer cette duplication d'objets et d'humains, certaines farfelues, d'autres possibles comme le « trou de ver » et la « photocopieuse » ou la plus plausible, « l'hypothèse Bostrom », celle de la simulation informatique, selon laquelle « notre existence n'est qu'un programme sur un disque dur ». Et dans ce cas, il faudra faire attention au fanatisme religieux car « où dénicher dans la Torah, le Nouveau Testament, le Coran ou d'autres textes révélés la moindre phrase, sourate ambiguë ou verset ténébreux, qui prédise ou justifie que surgisse dans l'azur un avion en tout point identique à un autre, posé trois mois plus tôt ? »

 

La dernière partie de ce roman confronte les doubles les uns aux autres et nous montre comment ils réagissent face à cette situation inédite.

 

L'anomalie nous tient en haleine du début à la fin et nous ne posons le livre qu'à la toute dernière page. L'écriture fluide d'Hervé Le Tellier et son humour nous permettent d'aborder et de comprendre sans difficulté toute la partie scientifique.

 

Mais le plus important, c'est la grande question philosophique à laquelle nous sommes confrontés : peut-on vivre avec soi-même tout en étant deux ? Peut-on accepter le regard qu'on pose sur soi-même ? Certains s'aiment suffisamment et sont assez bien dans leur tête pour trouver du positif dans ce dédoublement, d'autres ne supportent pas de se voir à travers les yeux des autres. Et vous, pourriez-vous vivre avec vous-même ?

 

Cléo

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Publié le 8 Décembre 2020

La chambre des dupes de Camille Pascal

Madame de la Tournelle amante du roi ou Reine de France

     Comment la favorite  devient-elle la femme la plus influente de France ?

  On suit la vie d’Anne-Marie de la Tournelle, future duchesse de Châteauroux et maîtresse du roi Louis XV. Grande stratège, elle gravit les échelons de la société mondaine à l’aide de son oncle le duc de Richelieu. Tous deux vont tenter de réussir « leur propre journée des dupes », leur propre révolution au sein de la cour.

      Comment ce livre a-t-il réussi à me tenir en haleine ?

    Camille Pascal nous replonge dans les méandres de la noblesse et de la royauté et nous emmène dans les lieux les plus prestigieux de France comme dans les splendides appartements de Choisy ou de Versailles. Elle nous emporte dans une histoire tout aussi entraînante que passionnante, en mélangeant habilement fiction et réalité.

    Le lexique à la fois simple et évocateur nous transporte aisément dans le contexte historique du XVIIIème siècle durant cinq-cents pages. La fluidité du rythme de lecture est maintenue grâce à des pauses musicales, des chansons satiriques écrites par le duc de Maurepas, ministre du roi. Elles permettent de critiquer tous les faits et gestes de la cour et souvent de la duchesse de Châteauroux. Cela crée une distance par rapport à la narration, en modifiant un temps le rythme simple du roman. Le texte est par ailleurs parsemé de lettres et l’auteure recourt aussi au langage populaire, voire vulgaire, ce qui rompt le rythme du roman, et l’égaye pendant un instant.

    Enfin, le lecteur peut être séduit par le personnage charismatique et frappant de Madame de la Tournelle, malgré ses valeurs morales douteuses. A travers ses sentiments sincères vis-à-vis du roi, on se surprend à s’attacher à cette figure féminine audacieuse, mais assoiffée de pouvoir et manipulatrice. Il est très intéressant d’observer les mœurs de cette époque et de voir combien les relations fraternelles sont mises au second plan : l’avidité du pouvoir domine, comme le montrent Anne-Marie de la Tournelle et sa sœur Louise de Mailly, ancienne maitresse du roi, quand la première accepte de devenir la favorite à condition que la seconde soit disgraciée.

     Et vous, serez-vous duc ou dupé ?

                                                                                    Lola 1G2

 

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Publié le 8 Décembre 2020

Mes fous de Jean-Pierre Martin

Tourbillon dépressif de fous

Jean-Pierre Martin nous plonge avec ironie dans la vie et les songes mélancoliques d'hommes.

  A trop forte dose, l’empathie, tant vantée par les médias et les psys, a son revers : la sensibilité aux malheurs d’autrui. Sandor Novick en est outré. Sylvain, son médecin et ami, lui prescrit la fréquentation de gens joyeux et équilibrés, le visionnage de comédies et le recours aux petits plaisirs de l’existence. " Quand il m’a conseillé de ne regarder que des films drôles, moi qui aime surtout ceux Lars von Trier, et plus que tout autre Melancholia, j’ai pensé à ma tante Jade que je n’ai vue qu’une fois, dont on ne parlait jamais, elle m’avait emmené voir Marx Brothers, elle ne pouvait voir que ça ma tante Jade, des Marx Brothers, peu de temps avant de suicider ". Sandor, cadre apprécié dans son entreprise, au bout d’un certain temps n’a plus supporté  " les masques, simagrées, les sourires postiches, la mélancolie sous les poses " de cette armée de directeurs.

En arrêt maladie, il arpente la ville. Sur les chemins, il fait des rencontres, toutes différentes, mais toujours les mêmes, ses fous qui lui disent leur vérité, répétant à l’envi le temps comme " Dédé le fou de météo " ou encore lui parlant de leurs songes comme " Laetitia et ses visions étranges ". Il s’interroge " Est-ce que j’attire les fous, ou bien est-ce moi qui cherche leur compagnie ? ". Au fil du temps, nombreux sont ceux qu’il écoute et soutient comme il peut, toujours empathique, toujours sensible à leurs blessures. " Je côtoie des folies étrangères pour tenter d’approcher l’énigme Constance ". Parce qu’au milieu de tous ces fous, il y a Constance, sa fille, schizophrène, affectueuse et violente à chaque émotion différée, que ni lui, ni son ex-femme Ysé, ni les médecins ne parviennent à sortir de son chaos intérieur.

Ce roman m’a vraiment plu, car j’ai véritablement réussi à m’identifier au personnage. Le choix de mettre un adulte comme personnage principal est judicieux, même si un adolescent aurait pu être à sa place. Car cet homme d’une quarantaine d’années, père de famille, est dépassé par beaucoup d’événements et ne sait comment gérer certains sentiments ou certaines situations ; comme un adolescent, il recherche sa douleur à travers autrui et essaie de la résoudre par la même occasion. Nouvelles similitudes avec le comportement adolescent à la fin du roman, quand le personnage part vivre seul, loin de tout problème. Les ados ont tendances à se refermer sur eux-mêmes quand leurs problèmes deviennent ingérables. Voilà pourquoi j’ai apprécié cette lecture : même si le personnage est un homme adulte, je pense que n’importe quel humain peut se retrouver en lui. 

Ozvan

 

 

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