Publié le 8 Décembre 2020

Un Yogi bipolaire

Une couverture vide et simple, un titre court et une quatrième de couverture accrocheuse, Yoga est un récit qui entremêle méditation et dépression « des choses qui n’ont pas l’air d’aller ensemble/ en réalité, si : elles vont ensemble ».

« Puisqu’il faut donc commencer quelque part, je choisis ce matin de janvier 2015 ». Emmanuel Carrère, âgé alors de la soixantaine, passionné de la méditation et de yoga nous emmène avec lui dans un stage de dix jours sur le yoga. On pourrait se dire que ce livre nous décrira ses aventures durant ce stage. Pourtant non. Il va prendre une tout autre orientation. Revenons donc au point de départ. Emmanuel Carrère nous embarque avec lui dans un stage de méditation « Vipassana ». Des règles très strictes : pas de téléphone portable, ni de livre, aucun contact avec les autres participants afin de se trouver seul avec soi-même. On nous apprend dès lors, qu’il a souffert de plusieurs épisodes dépressifs. Tout se passe pour le mieux, il se plaît à nous parler de son expérience personnelle sur le Yoga : comment respirer, comment ne penser à rien, comment faire du Yoga en général...

C’est tout ?

Tout vient à point à qui sait attendre. Rapidement Emmanuel Carrère tombe dans une dépression sévère, liée à un diagnostic de bipolarité tardif. Il en vient à demander l’euthanasie. Il est hospitalisé à Saint-Anne durant quatre longs mois, où il subit un traitement sous électrochocs (ETC) afin de provoquer « une sorte de reset » dans son esprit. Durant cette terrible période, a lieu l’attentat contre Charlie Hebdo où son ami Bernard Maris laisse la vie.

Mais pourquoi ce livre est-il intéressant ? Pourquoi nous captive-t-il autant ?

Ce récit mêle une multitude de sujets. Le yoga, passion de l’auteur qui, on le perçoit clairement, adore nous raconter ses expériences. C’est aussi un récit autour de la psychologie, du développement personnel « Pourquoi l’homme est-il sur terre ? Réponse : Pour contempler le ciel. Pour contempler le ciel ? Si c’est vrai, la plupart des hommes ne le savent pas. La plupart se croient sur terre pour trouver l’amour, devenir riche, exercer un pouvoir [...] » On trouve énormément de citations amenant à la réflexion, que ce soit à propos de la vie, la médiation ou même l’amour.

Une très forte sensibilité nous accompagne au long du récit. Le malheur d’un pauvre homme voulant écrire un simple livre sur le Yoga. Les désastres liés à sa dépression et sa bipolarité. L’envie de l’euthanasie. Le décès d’un de ses amis, Bernard Maris. Ce livre est en quelque sorte un point de recul pour l’auteur qui l’amène à se rendre compte de l’horreur qu’il a traversée.

Il est possible de passer à côté du livre, il est possible de s’y perdre, comme il est possible de ne pas aimer. A vrai dire, il dépend de la perception et des goûts de chacun. Pour ma part, je l’ai trouvé plein de bon sens et de réflexion. On voit peu de livres autobiographiques nous parler de la dépression, tel que Emmanuel Carrère l’a fait.

L’écrivain a une façon d’écrire très prenante, qui m’a charmée dès le début. Il arrive à nous concentrer de telle sorte qu’on ne s’en lasse jamais. Un très beau livre, une histoire passionnante et sensible, un personnage attachant et aimable.

Soyons calme, soyons zen, soyons fort, soyons Emmanuel Carrère.

 

Léonie, 1G2

Emmanuel Carrère - Yoga

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Publié le 7 Décembre 2020

Djaïli Amadou Amal, Les Impatientes

Une vie imposée

    « Au bout de la patience, il y a le ciel. » C’est ce qu’on ne cesse de dire dans le pays de Ramla, où les femmes ne peuvent pas choisir leur vie : les hommes choisissent pour elles au nom de la religion, d'une coutume. Elles doivent être patientes ! Dans le roman nous suivons trois d’entre elles, qui verront leur vie bousculées grâce, ou plutôt à cause du mariage. Mais « Munial ! Patience ! », elles finiront par s’y habituer. « Munial ! Patience ! » dans tous les cas, il n’y a pas d’autre choix, « tout est entre les mains du créateur » ! Hindou est contrainte d'épouser son cousin alcoolique et violent, Ramla, sa demi-sœur, devient la seconde épouse, également contre son gré, d'un homme riche de cinquante ans. Safira, la première épouse, la « daada-saaré » est jalouse et prête à tout pour évincer sa concurrente.

Mais qu’est ce qu’est-ce que la patience ? Accepteront-elles la vie qu’on leur impose ?

    Ces arrangements entraînent une véritable révolte que décrit Djaïli Amadou Amal. Une révolte et un combat contre les violences conjugales, contre le mariage forcé et la polygamie, contre cette société plus qu’inégalitaire ! Être femme dans ce pays c’est être esclave d’un homme et parfois de sa famille, vivre dans la douleur et la souffrance, subir et surtout ne pas se plaindre, car tel est leur destin. Face à leur révolte, on ne cesse de leur répéter ce mot « Munyal ! » qui revient avec force de très nombreuses fois, comme une lame lancinante qui déchire leur vie ; c’est une véritable injonction envers ces femmes qui ne connaissent que la soumission. « Accepter tout de nos époux. Il a toujours raison, il a tous les droits et nous, tous les devoirs. Si le mariage est une réussite, le mérite reviendra à notre obéissance, à notre bon caractère, à nos compromis ; si c'est un échec, ce sera de notre seule faute. Et la conséquence de notre mauvais comportement, de notre caractère exécrable, de notre manque de retenue. » Ces femmes sont obligées de sacrifier tous leurs projets pour devenir les esclaves d’une vie assommante.

    C'est un roman révoltant qui décrit le calvaire, la vie accablante que vivent Ramla, Hindou et Safira : elles doivent faire de nombreux compromis, et plus encore, pour honorer leurs familles. Ce texte bouleversant est inspiré de faits réels, de l'expérience de nombreuses femmes, dans l'indifférence de tous. Il dénonce les conditions dans lesquelles vivent ces femmes musulmanes. L’auteure, inspirée de sa vie, décrit précisément une réalité qui donne envie de hurler avec elles ! Grâce à son récit envoûtant, nous pouvons facilement imaginer les scènes évoquées et l’auteure parvient à nous transporter au sein de cette idéologie écœurante. Aujourd’hui des femmes vivent encore cette vie qu’elles n’ont pas choisie. Ce processus « traditionnel » est raconté avec beaucoup de force et de subtilité. Djaïli Amadou Amal va droit au but et aborde directement la question, sans tabou, elle dévoile tout sur le thème douloureux du mariage forcé.

    Parfois la « patience » ne suffit pas, ce roman est l’espoir de femmes piégées, mais c’est avant tout le résultat d’un combat qu’elles mènent tous les jours.

Camille

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Publié le 7 Décembre 2020

Irène Frain, Un crime sans importance

Une obsession interminable

            Entre questions et réponses, le chemin est long.

Et ça, Irène Frain le sait bien. Tout au long de deux longues années à chercher la réponse au meurtre de sa sœur, « la femme au long manteau bleu-noir » nous amène avec elle dans ses investigations, dans ses craintes, dans sa colère, mais aussi dans son passé et partage ses moments de joies et de pleurs. Elle est prête à tout pour rendre justice à sa sœur qu’elle aimait tant, qui était son modèle, et cela, malgré de longues années de séparation. Ses investigations vont être une thérapie pour elle, afin d’apaiser des pensées. Des souvenirs lointains et oubliés vont ressurgir et vont lui faire découvrir des aspects de sa famille, qu’elle n’avait jamais remarqués auparavant. Son histoire n'est pas tout repos, entre recherche d’un coupable et actions vers la justice, la narratrice est sans aide mais se bat afin d’obtenir la vérité.

C’est par le rire, le chagrin, la compassion, qu’Irène Frain nous fait découvrir son histoire. Une montagne russe de sentiments, qui nous mène du désespoir à l’espoir. Un récit poignant narré avec le cœur, qui nous fait voyager dans le temps et dénonce des problèmes incompréhensibles. Des crimes à répétition sur des personnes sans défense, une justice lente et inefficace, des serial killer en liberté. Elle nous donne l’envie de toujours vouloir en savoir plus et de connaitre le coupable. Mais c’est aussi un récit très ouvert, où elle se confie, nous dévoile beaucoup de choses personnelles. Elle partage avec précision des moments de sa vie ainsi que ses pensées et ses imaginations. La narratrice, montre que si le chemin est trop long, on n’arrive jamais au bout. Elle préfère ne jamais tourner la page, mais seulement patienter, se contenter de ce qu’elle a, tout en avançant doucement.  

Les péripéties d’Irène Frain apprennent beaucoup sur la vie, car elle a vécu de nombreuses choses avec cette histoire, elle sait donc de quoi elle parle. Elle nous conseille de réfléchir avant d’agir, de prendre les bonnes décisions et de ne pas aller trop vite. Elle nous incite à surmonter nos craintes, à ne pas nous laisser abattre, et même à nous battre, car tout le monde doit connaitre la vérité.

Nolann, 1G2

 

 

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Publié le 7 Décembre 2020

Rencontre du deuxième type

« Il est quelque chose qui surpasse toujours la connaissance, l’intelligence, et même le génie, c’est l’incompréhension. »

Durant un vol partant de Paris à destination de New-York, un avion est contacté par l’armée américaine qui contraint le commandant de bord Marker à atterrir dans une base militaire. Elle mentionne un certain protocole 42 et menace « d’abattre l’aéronef » s'il refuse d’obtempérer. Alors viennent des questions : qu’est-ce que le protocole 42 ? Et pourquoi l’armée les menace-t-elle ? Elles trouveront leurs réponses dans le roman.

Hervé le Tellier commence par nous présenter certains des passagers du vol en question. Chacun d’eux a une histoire particulière et intéressante comme Black, le tueur à gage ; Joanna, une avocate ; Slimboy, une pop star nigérienne ou encore David atteint d’un cancer du pancréas. Un des passagers du vol est traducteur, mais également auteur d’un livre intitulé L'anomalie qui fait référence à ce livre donc. Cela peut être perçu comme une facétie de l’auteur. Il y a tout de même un point négatif : il est assez fréquent de trouver une présentation qui se termine en queue de poisson.

On peut aussi insister sur le genre littéraire de cette œuvre, car même si ce roman d’anticipation se déroule en 2021, soit seulement un an après sa parution, il induit une succession de questions auxquelles personne ne pourra jamais répondre. Et si tout n’était qu’illusion ? Et si, les arbres, le ciel, les animaux ou même encore les pensées et les sentiments étaient inscrits dans des lignes de code ? Et si ces lignes de code avaient été rédigées par des êtres supérieurs dans le but de nous tester ? Mais dès lors, comment la population réagirait-elle si cette hypothèse était avérée ? Mais il est presque impossible « de trouver une expérience qui invaliderait l’hypothèse, puisque […] la simulation fournirait un résultat prouvant le contraire ». De plus si cette hypothèse est vraie, alors la religion, qui est aussi un thème phare du roman, trouverait un argument infaillible pour expliquer des phénomènes tels que celui d’une vie après la mort, « une fausse vie après une fausse mort ».

On trouve aussi dans ce roman beaucoup de références cinématographiques à Star trek, Matrix, Interstellar ou encore à Rencontres du troisième type. Ce dernier revient souvent, notamment durant une séquence d’interrogatoire où les questions sont les mêmes que celles de l’interrogatoire du film, ce qui très déstabilisant car les questions n’ont strictement aucun rapport avec la situation du livre.

            Comme vous l’aurez compris, l’anomalie est un roman qui fait beaucoup réfléchir car il emmène le lecteur bien au-delà de la frontière du réel en assumant son ancrage dans le virtuel.

Gaston 1G2

Hervé Le Tellier -  L'anomalie

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Publié le 7 Décembre 2020

        Mariage forcé, viol conjugal, polygamie. Djaïli Amadou Amal brise les codes en dénonçant la brutalité physique, mais aussi psychologique que subissent les femmes du Sahel. Djaïli Amadou Amal est une femme de lettres camerounaise et une militante féministe. Mariée à dix-sept ans, dans le cadre d’un mariage forcé, elle a connu tout ce qui rend difficile la vie d’une femme du Sahel. 
          Trois femmes, trois histoires et trois destin liés. Ce roman retrace la vie de la jeune Ramla, dix- sept ans arrachée de son amour pour se marier de force avec Alhadji Issa, un homme riche et déjà marié. Hindou sa sœur du même âge subit également un mariage forcé avec Moubarak son cousin, un homme alcoolique, trompeur, mais surtout violent. Quant à Saphira, trente-cinq ans, elle subit la polygamie de son mari avec Ramla, elle ne voit pas ce mariage d’un très bon œil et va donc tout faire pour que celle-ci soit répudiée.
       Patience ! Voilà le seul conseil de leur famille, car il est impensable d’aller contre la volonté d’Allah. 

          Qu’est-ce qui nous retient attaché à ses pages ?

          Djaïli Amadou Amal nous livre un récit bouleversant sur les violences faites aux femmes. Ce roman qui me rappelle mes origines met en valeur la situation des femmes du Sahel. C’est un récit entraînant, mais aussi poignant, car il témoigne de la réalité. Ces femmes sont soumises à une vie précoce, elles sont comme des lionnes en cage sans pouvoir se libérer de cette souffrance. C’est un récit rempli de tristesse, raconté avec douceur et sagesse, dans lequel les mots nous emportent dans un monde inconnu. Ces femmes subissent des viols conjugaux, elles sont battues, humiliées. Mais elles subissent également une violence économique car on les empêche de finir leurs études, de se former ou encore même de travailler ; elles ne sont pas indépendantes. On ne leur donne pas la possibilité de rêver et de choisir ce qu’elles veulent faire de leur vie, mais la volonté d’Allah les oblige à garder pied. L’auteure dénonce toutes ces injustices et appelle à une prise de conscience pour que cela cesse. Ce récit émouvant, nous donne envie de nous battre et de montrer que les choses doivent, mais surtout peuvent changer. Il nous entraîne dans un univers et un monde inconnu, que vous aussi pouvez découvrir si vous prenez le temps d’y jeter un œil. 

          Patience et tu verras.
          Patience et le bonheur arrivera.
          Patience et ma vie s’arrangera.
        Ces quelques mots sont les leurs, ceux de Ramal, d'Hindou et de Safira, elles doivent les introduire en elles qu’elles le veuillent ou non.


Erwana 

 

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Publié le 7 Décembre 2020

L'Enfant céleste de Maud Simonnot

Invitation au voyage 

Partons à la rencontre de deux personnages prisonniers de leurs blessures et accompagnons-les vers leur renaissance tout au long de leur cheminement libérateur.

Pour son deuxième roman, intitulé L’Enfant céleste, Maud Simonnot nous emmène à la découverte de l'île légendaire de Ven, en Suède. C'est une histoire à deux voix, celle de Mary, femme prise dans les tourments d'une rupture sentimentale, et de Célian, son fils, enfant surdoué et rêveur, que le système scolaire rejette. La mère et l'enfant entreprennent un voyage sur l'île de Ven, un écrin de nature et d'étoiles en Suède.

C’est une aventure pour cette mère qui décide de tout plaquer pour emmener son fils sur cet îlot de légende, un coin de paradis qui les fait rêver. Le choix est raisonné, car c'est une terre mythique qui a accueilli au XVIème siècle, Tycho Brahe, un illustre astronome danois de la Renaissance, fondateur du premier observatoire et surtout inspirateur d'Hamlet de Shakespeare. Un personnage qui éveille l'admiration de Mary et Célian.

Sur cette île, mère et fils se découvrent moins fusionnels, chacun va développer ses aspirations et vivre avec des personnes qui, par leur situation géographique, sont ancrées dans ce territoire. Il est fascinant de voir comment Mary et Célian se coulent avec aisance dans le monde de Solveig, leur logeuse sur l'île, dans celui d'un marin et d'un spécialiste de Shakespeare et de Brahe.

Dès le premier contact avec le livre, la couverture annonce la couleur : un bleu qui évoque le ciel, l’eau, la mer, l’espace, l’air et les voyages. Ses tons clairs nous font dériver vers des horizons de merveilleux, de liberté, de rêve et de jeunesse et nous incitent à nous laisser glisser dans cette ambiance. Le périple ressemble véritablement à une évasion : une écriture limpide, une nature généreuse qui invite à oublier ses blessures. Le voyage permet avant tout de renouer avec des plaisirs simples pour vivre des instants magiques. L’amour maternel que porte Mary à son fils et à sa fragilité sont touchants.

A travers ses 162 pages, l’auteure nous captive par son invitation à débrider notre sensibilité, à préserver la forêt imaginaire de notre enfance, à rêver d’une île... pour mieux s’ouvrir au monde, un monde où les problèmes s’envolent pour laisser place à un apaisement intérieur. Maud Simonnot fait de ce roman, aux courts chapitres, un magnifique récit d’exploration sur des terres inconnues. Un voyage tout en délicatesse, en observations et quête de connaissances. L’auteure intègre à son récit les controverses concernant Shakespeare avec cohérence et fluidité. Cette lecture nous encourage à découvrir le curieux Tycho Brahe à travers une constellation d’histoires, sur lequel Maud Simonot se repose pour évoquer la beauté de la nature. L’écriture est accessible et nous permet de comprendre facilement l’histoire, mais le style peut toutefois se révéler trop simpliste et décevoir l’attente littéraire du lecteur.

Portée par la poésie, cette lecture nous fait côtoyer les étoiles et dévoile la magie présente dans les moments les plus ordinaires de la vie.

 

Clara 1G2

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Publié le 6 Décembre 2020

Les impatientes, Djaïli Amadou

L’impatience est un vilain défaut

        Les Impatientes est un livre écrit par Djaïli Amadou. Il a été publié en 2017 au Cameroun. Ce livre a reçu le prix Orange en Afrique, en 2019.

       Les impatientes nous interpellent sur la situation des femmes au Cameroun et notamment sur le mariage forcé, le viol conjugal, la polygamie et l’inceste. Nous suivrons trois héroïnes : Hindou, Safira et Ramla. Ramla est mariée de force à un homme malgré l’amour qu’elle porte à un autre. Hindon est mariée de force elle aussi à son cousin violent et drogué. Safira quant à elle accueille une coépouse qui n’est qu’autre que Ramla. « Patience, patience, il faut du temps pour aimer un homme ! ». C’est le leitmotiv de cette histoire.

         Un roman prenant, bouleversant. On le lit d’une traite. Emotions garanties ! Djaïli Amadou est la première autrice africaine à aborder ce sujet douloureux et elle le fait avec pudeur et respect. Ses personnages sont attachants, la détresse dans les paroles de ces héroïnes m’a touchée en plein cœur. Nous ne pouvons que ressentir de l’empathie. Leur journée se résume à s’occuper des enfants, à faire à manger et à subir les coups de leurs maris. Quelle femme souhaiterait avoir cette vie ? Certes, il s’agit d’une fiction, mais des faits similaires se déroulent chaque jour au Cameroun. La compassion que nous ressentons nous donne envie de venir en aide à ces femmes. Une femme qui n’a aucune considération n’est pas être écoutée, encore moins si elle dit qu’elle est frappée et violée. « Patience, mes filles ! Munyal ! Telle est la seule valeur du mariage et de la vie. Telle est la vraie valeur de notre religion, de nos coutumes, du pulaaku ». Voilà ce que leur père répond lorsqu'elles évoquent ces problèmes. C’est une étape que presque toutes ces femmes ont traversé durant le mariage.

          Dans la plus part des pays européens, la condition de la Femme est bien meilleure que dans de nombreux autres pays. Cet ouvrage nous permet d’ouvrir les yeux et d’intégrer que la position de la femme n’est pas identique partout dans le monde, parce que non tout ne va pas bien ! Un père de famille préfère marier sa fille à un homme brutal et riche plutôt que de la voir finir vieille fille. La possibilité qu'elle ternisse l’image de son nom de famille est inimaginable. Au grand homme tout puissant, il est impossible de dire non ! Non à un mariage forcé, non aux attouchements, non aux « caresses » qui laissent des traces sur le corps, non à une pénétration forcée.  Ces femmes ont juste envie de dire non, mais par malheur, si elles le font, on leur rappelle immédiatement que ce ne sont que des femmes et que c’est de leur faute si tout cela se passe, elles n’ont qu’à être plus dociles. « Patience, patience, il faut du temps pour aimer un homme ! »

        Ce livre est accessible à tous. Les mots sont simples et directs, les phrases courtes. Le livre est à la portée de tout lecteur qui veut être happé par une histoire incroyable avec un fil conducteur qui ne risque pas de le perdre.

       C'est l’un des meilleurs romans que j’ai lus, il nous tiend en haleine tout au long de la lecture. Prenez le temps de lire ce chef-d’œuvre.

Eva 1G2

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Publié le 6 Décembre 2020

Écueils

Cléo, une fille âgée de treize ans, vit dans une famille modeste en banlieue parisienne. Elle est passionnée de danse. Un jour, elle se fait recruter par une fondation mystérieuse qui lui propose une bourse. Cela  s'avèrera un piège de prédateurs sexuels qu'elle rencontre lors de prétendus déjeuners. Elle tombe dans les filets de Cathy, une femme très charismatique qui travaille pour cette fameuse fondation. Elle en parle même à des filles de son collège que cela pourrait intéresser, motivées à l'idée de la bourse.

Des années plus tard, un fichier de photos est retrouvé et la police lance un appel à témoins aux filles de la Fondation. On suit Cléo durant les différentes étapes de sa vie à travers le regard de ceux qui l'ont connue, dévoilant à chaque fois un nouveau visage.

Chavirer joue sur la palette du consentement, de la culpabilité et du pardon. Lola Lafon nous montre les nuances du monde, qui n'est pas que noir ou blanc. Elle dévoile la complexité des choses et des êtres. Durant tout le roman, elle raconte l'histoire de ces filles qui ne savent pas si elles sont victimes ou coupables de ne pas avoir su dire non et d'avoir entraîné d'autres filles de treize à quinze ans. Ces questions sans réponses vont les hanter pendant des années, faisant grandir leur culpabilité et l'impossibilité d'oublier ou même de pardonner aux autres, surtout à soi-même. Le silence de toutes ces filles s'est instauré et a imprégné leurs vies en les confrontant à leur passé, les empêchant d'avancer.

Chavirer emporte facilement le lecteur dans son univers et le pousse à la réflexion. Il lui propose un point de vue, mais le laisse décider de ce qui lui semble vrai et le touche. Le livre parle du jugement des autres, mais aussi de celui que l'on a envers soi-même. Il ne juge pas. Au contraire, il encourage le lecteur à se forger son propre avis. L'idée du pardon est très intéressante et complexe dans ce livre. Lola Lafon écrit à la page 106 : « Le pardon n'était pas l'oubli. L'offense ne disparaissait pas comme une tâche de tissu. Pas plus qu'elle n'était provisoirement ''recouverte'' par le pardon. Pardonner était une décision, celle de renoncer à faire payer à l'autre ». En effet, durant tout ce livre, on voit le dilemme chez ces jeunes filles et plus particulièrement chez Cléo. Est-elle coupable d'avoir entraîné d'autres filles avec elle ? Ignorait-elle simplement les conséquences de ses actes ? Les frontières entre le passé et le présent, l'enfance et l'âge adulte sont très ténues. Leur enfance a en quelque sorte été volée. Elles se sont obligées de jouer un rôle qu'elles croyaient indispensable à leur intégration dans la société. Ces filles traumatisées durant leur enfance sont fragilisées.

Chavirer est un livre qui force la remise en question.

Sofia

Lola Lafon, Chavirer

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Publié le 12 Octobre 2020

Edition du 10/10/2020

Edition du 10/10/2020

Les élèves du lycée de l'Elorn avec le livre qu'ils ont choisi pour leur critique. Photo Ouest France

Les élèves du lycée de l'Elorn avec le livre qu'ils ont choisi pour leur critique. Photo Ouest France

En marge du Goncourt des lycéens, cette année encore des élèves volontaires du lycée de l’Élorn participent au concours de critique littéraire organisé par la Région et par l’association Le Bruit de lire. Adeline Joly, de la librairie des Passagers du Livre, Véronique Délira, documentaliste au lycée, et Éric Le Hir, de la médiathèque, se sont déplacés mercredi pour présenter la sélection du Goncourt aux vingt-six élèves de première. « La sélection a été dévoilée le 15 septembre au niveau national, quinze livres sont en lice », explique Christian Lardato, professeur de français.

 

Les lycéens ont jusqu’au 20 novembre pour lire l’ouvrage et pour rédiger une critique littéraire. « C’est un bel exercice car, cette année, avec le nouveau bac de français, les élèves pourront argumenter et montrer leur esprit critique », explique le professeur.

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Rédigé par Lettres

Publié dans #Critiques littéraires - Goncourt 2020

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Publié le 9 Octobre 2020

Edition du 8 octobre 2020

Edition du 8 octobre 2020

Véronique Délira (documentaliste), Éric Le Hir (médiathèque) et Adeline Joly (Les Passagers du livre) ont présenté les différents ouvrages aux élèves. (Le Télégramme / Hervé Corre)

Véronique Délira (documentaliste), Éric Le Hir (médiathèque) et Adeline Joly (Les Passagers du livre) ont présenté les différents ouvrages aux élèves. (Le Télégramme / Hervé Corre)

En marge du Goncourt des lycéens, des élèves de première générale du lycée de l’Elorn, à Landerneau, participent à un concours de critique littéraire organisé par l’association Le Bruit de lire.

Le Goncourt, le plus prestigieux des prix littéraires français, on connaît. Le Goncourt des lycéens, sa déclinaison à destination des établissements scolaires, on connaît aussi. C’est en marge de ce dernier que, depuis plusieurs années, l’association Le Bruit de lire organise un concours de critique financé par la Région Bretagne. 

Le principe ? Chaque élève choisit au sein de la liste des quelque quinze ouvrages du Goncourt celui sur lequel il souhaite travailler. Il commence par le lire – c’est mieux dans cet ordre ! – pour en faire une critique répondant à quelques critères formels : un titre, 3 600 signes au maximum…

Brève présentation

Cette année encore, Christian Lardato, professeur de français au lycée de l’Elorn, à Landerneau, a souhaité entraîner l’une de ses classes dans l’aventure. En l’occurrence, une première générale. Les élèves ont jusqu’au 20 novembre pour rendre leur copie.

Mais comment faire son choix au sein de la liste en question ? Mercredi, ces lycéens ont reçu la visite d’Adeline Joly, libraire aux « Passagers du livre », et d’Éric Le Hir, de la médiathèque de Landerneau. Avec Véronique Delira, documentaliste de l’établissement, ces trois-là se sont partagé une brève présentation des quinze bouquins en lice.

Littérature contemporaine

Ce qui est en jeu avec ce concours de critique littéraire n’est, question récompense, que symbolique. Pour autant, c’est l’occasion pour ces élèves de se pencher sur un livre de leur choix – non imposé par le programme – et, pourquoi pas (ils en ont la possibilité), de bientôt le défendre devant le jury du baccalauréat. Sans compter que lire un roman contemporain peut apparaître comme une petite bouffée d’air frais pour des lycéens qui, par ailleurs, étudieront essentiellement des classiques durant leur année scolaire.

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Rédigé par Lettres

Publié dans #Critiques littéraires - Goncourt 2020

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