Publié le 17 Mai 2013

 

Sujet : Avant d'embarquer pour l'Afrique, Salvatore Piracci écrit une lettre à sa femme pour lui expliquer les raisons qui le poussent à tout quitter et ce qu'il espère trouver de l'autre côté de la Méditerranée.

 

 

 

22 Octobre 2006.

Lampedusa.


     Vingt-trois heures trente et une. Dans deux heures à peine, je serai sur un bateau, voguant sur cette mer qui m'a dévoilé tant d'horreurs depuis que je la côtoie, cette mer capricieuse qui choisit de tuer ou de chérir. Vingt-trois heures trente deux. L'aiguille fine de l'horloge qui tremble à chaque seconde me donne un certain avant-goût du mal de mer à venir.

     Vingt-trois heures trente trois... Je pense toujours au mal de mer. Curieuse expression, n'est ce pas ? Trop de touristes aux airs effarés l'emploient avec une banalité qui m'insupporte. Moi, je peux sentir le vrai mal de mer, celui qui colle à la peau, qui s'incruste dans les esprits et continue de les hanter longtemps après avoir posé le pied à terre. La mer me fait mal. La mer, après m'avoir pris dans ses bras comme la mère que je n'ai jamais eue pendant vingt ans, me procure maintenant un profond dégoût. Ma mère me rejette. Ou plutôt, c'est moi qui la renie.

 

     Vingt-trois heures trente cinq. Pendant vingt ans, j'ai fait ce qu'on attendait de moi, trahissant les propres frères. Pendant vingt ans, j'ai représenté l'échec, la déception, la malchance. Pendant vingt ans, j'ai été l'esclave de l'inhumanité.

     Vingt-trois heures trente sept. Et puis il y a eu ce regard. Ce regard qui a tout changé. Ce regard qui a remis en cause toute mon existence. Ce regard qui, après toutes les horreurs dont il avait été le témoin, semblait tout de même bien plus vivant que le mien. C'est cette femme, celle qui m'a regardé droit dans les yeux, droite et décidée, qui m'a réveillé. C'est dans les yeux de cette immigrée que j'ai retrouvé cette petite, minuscule flamme d'espoir, en tous points la même que celle que je percevais autrefois dans ton regard.

     Vingt-trois heures trente neuf. Depuis cette rencontre, je n'ai plus été tranquille, ne serait-ce qu'un instant. Encore maintenant, lorsque mes paupières se ferment, je les revois, recroquevillés dans une barque minuscule, à la merci des caprices de la mer. Et je le revois surtout lui, cet homme que j'ai refusé d'aider. Ce frère. Qu'avait-il fait ? Que m'avait-il pris ? Rien. Et pourtant je lui ai tout enlevé.

 

     Minuit.

     Alors voilà. Voilà pourquoi je veux partir. Voilà les raisons qui me poussent à quitter cette vie qui me dégoûte. Je ne suis pas triste. Je ne suis pas inquiet. Au contraire, plus l'heure de mon départ approche, plus je me sens en paix. Plus l'heure de mon départ approche et plus je m'éloigne du Commandant Piracci. Les derniers morceaux de ma carte d'« identité » se consument dans la cheminée. Je l'ai brûlée. J'ai renoncé à mon nom. Désormais, je ne suis plus personne. Mais, j'en suis satisfait. Il faut que tu comprennes que c'est cela que je pars chercher en Afrique. Une nouvelle naissance. Un recommencement.

     Minuit-une. Avec cette nouvelle journée commence la vie que j'aurais toujours dû avoir. J'ignore tout ce qu'il va m'arriver là-bas, mais j'ai le sentiment que j'ai toujours vécu pour arriver à cela. J'ai appris que mon nom signifiait « Le Sauveur ». Je pars chercher ce que je pourrais sauver. Ou bien peut-être que je fuis pour me sauver moi-même. En tout cas, je t'écris cette lettre car tu es le seul souvenir italien que j'emporterai avec moi en Afrique. Et je veux que tu saches que je suis apaisé.

     Minuit-deux. Mon crayon n'a plus d'encre. Cela est peut-être le signe que je n'ai plus rien à faire ici. En mettant un point à cette lettre, je mets un point final à mon histoire ici. Je te souhaite de vivre heureuse, car je sais que tu le mérites. Je te souhaite de vivre dans la tranquillité, car j'ai trop souvent été le témoin que la vie ne tient à pas grand chose.

 

Adieu.

 

Salvatore.

 

 

                                                                                                Alexandra P.

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Publié le 17 Mai 2013

 

 

      Elle est jeune. Il est vieux. Elle est ambitieuse. Lui, est dans le métier depuis la naissance de l'entreprise ; on l'appelle l'« ancêtre ». Elle a pour mission de virer cet homme plus âgé qu'elle et bien plus expérimenté. Lui, ne veut quitter pour rien au monde ce travail qui, au fil des années, est devenu le reflet de sa vie : une vie de solitude. On ne peut que séparer ces destins bien différents. Pourtant, la réalité est toute autre et finit par les rapprocher au fur et à mesure que leurs histoires évoluent...

      La beauté de ce roman réside en sa qualité et son choix d'écriture. En effet, Thierry Beinstingel place le lecteur en position de témoin, un témoin proche de ces personnes dont on ne connaît pas le nom. L'écrivain met clairement en parallèle deux destins grâce au système de narration adopté. Ainsi, il associe le vouvoiement à cet homme ne vivant que pour son travail et le tutoiement à cette femme dont la seule prétention est de vouloir réussir dans la vie. On finit vite par s'identifier à ces deux personnages fictifs qui en réalité pourraient être ces hommes et ces femmes que l'on voit au quotidien, sans y prêter attention, ou bien encore nous-mêmes.

      « Est-ce que tout pourrait s'arrêter là ? » C'est la question inévitable que se pose chacun d'entre nous à un moment de notre vie où l'avenir est incertain, particulièrement dans le monde du travail. À l'image de Rimbaud, ces deux personnages sauront braver l'interdit et oser dire non. Gardant un œil sur leur passé, ils évolueront dans ce parcours semé d'embûches qu'est la vie où nombreuses sont les remises en question. Nous assistons ainsi aux joies, aux peines, aux déceptions, aux envies ou encore aux attentes de deux personnes profondément attachantes.

      Dans ce roman, Thierry Beinstingel nous invite à découvrir le monde du travail dans lequel on vit de manière humaine et sincère sans porter de jugements. Il nous incite également à réfléchir sur le sens que l'on veut donner à nos vies. Doit-on suivre un parcours exemplaire et pourtant n'éprouver aucun plaisir à exercer notre métier ? Ou au contraire suivre une autre voie au risque d'y laisser du temps, de l'énergie et pourquoi pas même de l'argent, mais finir heureux de faire ce que l'on aime au plus profond de soi ? Ce livre nous oblige à penser comme cette femme et cet homme, à se demander quoifaire à un moment où notre vie peut prendre un tournant décisif.

      On sort de ce roman déterminé ; la réussite et le bonheur ne dépendent que de nous-mêmes, tel est le message que cet auteur du XXIème siècle veut nous faire passer.

 

 

                     À propos du roman de Thierry Beinstingel intitulé Ils désertent,

                                                                                      Julie Q, 1ère A littéraire.

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Publié le 17 Mai 2013

 

    Pim découpe, Pim désosse, Pim s'enivre de l'animal et le tue. C'est une écriture fine, mais qui détaille en grandeur nature, une écriture qu'adopte Joy Sorman dans son nouveau roman intitulé Comme une bête.
    Peut-on appeler ce roman une histoire ? Pas vraiment : disons que ce livre nous plonge dans cette chute qu'est la descente vers la folie, et l'obsession de la viande dont la victime est Pim. Pim, ce jeune apprenti boucher banal, celui que l'on croise dans la rue sans y prêter attention ; Pim, à la vue duquel on ne se retourne pas.
    Dans ce roman, on lit la viande, on mange la viande, on aime la viande et celle-ci vient à nous écœurer. On est alors emporté nous aussi par la folie de la viande,  de la bête tout comme Pim, ainsi que l'auteur, qui plonge elle-même dans cette obsession. L'obsession du découpage excessif et sanguinaire de ce roman à sujet particulier. Dans ce livre, on retrouve des zestes de documentaires, d'histoires sur l'agriculture ainsi que sur le vieux métier artisanal du boucher, les pensées et les actions de notre héros sanguinaire, ainsi que celle de Joy Sorman, absorbée par son propre roman. Ce livre est un brouhaha, un écho qui perdure, qui s'amplifie mais qui reste sur le même objectif, la même idéologie : nous faire voir la viande comme on verrait un être cher. Idée saugrenue et complètement folle, mais on est vite prit au piège. On remet alors la place de l'animal dans la société : ce même animal que l'on adopte, que l'on aime, que l'on engraisse et que l'on dévore, goulûment. Aimer la bête au point de la manger ? Terrible ironie du sort.
    Lorsque l'on repose ce livre, c'est le malaise qui s'installe : qu'est-ce que l'on va manger ce soir ? Une côte de bœuf, un rôti de porc, ou bien la pauvre bête sauvagement tuée ? Et d'ailleurs, le terme « tuer » convient-il vraiment ? Ne devrions-nous pas dire « assassiner » ?
    Un livre dérangeant, qui nous retourne le cerveau, qui fait de l'Homme une espèce peu scrupuleuse face à la mort des bêtes. Un roman qui nous laisse sur notre faim.

 

 

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Comme une bête, Joy Sorman - Pauline 1A

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Publié le 17 Mai 2013

Quel Trésor !

Gaspard-Marie Janvier

 

 

Tous les livres racontent une histoire, mais chacun raconte la sienne. Elle peut être réelle ou imaginaire, mais les auteurs essaient de nous plonger dans leur aventure, dans leur univers.

« Laisse les morts enterrer les morts » ainsi débute le roman de Gaspard-Marie Janvier, paru au éditions Fayard. Au départ, le lecteur n'y voit qu'une simple phrase mais c'est aussi un passeport vers une aventure prometteuse qui vous emmène dans un monde à part.

 

Il était une fois,

Un jeune homme prénommé Blair qui, dès les premières pages, nous fait découvrir son rêve: trouver le secret de l'île au trésor. Dans cet univers ou l'argent surpasse tout espoir, Blair croit en la possibilité de sauver sa famille de la faillite. Ce personnage, habitué aux mauvaises nouvelles en cascades, est bien déterminé à prouver que la carte, qui est en sa possession, est bien celle dessinée par R.L Stevenson.

Le parallèle entre son rêve et son devoir est très étendu. Si être l'héritier d'un éditeur Écossais l'oblige à « flatter un petit paon comme s'il était le roi de la basse-cour de peur de le voir filer chez le fermier voisin », David Blair est davantage tourmenté par la succession de son père. Mais cette carte, qui aurait servit de modèle au roman « L'île au trésor », est elle une arnaque ? Ou un incroyable signe du destin ? Les experts ne sont guère optimistes pourtant la carte serait authentique à « 75% ». Mais David Blair n'est « pas assez rationaliste pour croire au hasard ». Il décide de se rendre sur L'île de Farà dans l'archipel des Hébrides en Écosse. Une île aride, ou résident des habitants peu communs qui se retrouvent chaque soir dans le « Lord of the Isles », pub et hôtel local. Une île semblable à « un paquebot échoué que ses matelots continuent d'entretenir, contre vents et marrées, attendant qu'une eau vive relâche enfin l'épave. »

 

 

    Jusque là, l'auteur nous promet une belle aventure, entourée de personnages attachants et mystérieux comme Warluis, l'aviateur Français qui « charmé par l'île et ses habitants, avait décidé d'y demeurer ». On s'attend à vivre un voyage incroyable mais quelle erreur !   

L'idée de départ est pourtant originale et épique mais, l'histoire manque de rythme. Les phrases sont, certes, courtes mais trop compliquées. Le lecteur se perd dans les anecdotes et cherche à tout prix les liens conducteurs de l'aventure dans laquelle Blair souhaite l'emmener. Malgré, des paysages enchanteurs et des scènes qui valent le détour (comme les vols en avion avec Warluis), la quête du trésor ne décolle pas du sol.

Le lecteur pense que le vent va tourner mais il reste à l'ouest. De plus, la forte présence de liens farfelues n'aident en rien la progression de l'intrigue, pourtant bien pensé. Ce roman, aux allures de récits de voyages, est principalement destiné aux garçons. Pour commencer, le livre est dédié « à tous les fils à leur père », et puis il y a les grandes descriptions ou se trouvent des « carcasses de véhicules » et autres thermes techniques.

 

Suivre les traces de Stevenson semble un travail plus dur que prévu pour l'auteur qui arrive tout de même à introduire des citations réussies comme celle qui dit que « le sombre océan, ou l'esquif s'aventure, t'épouvante et te plait ». L'acheteur hésitant lira certainement la quatrième de couverture et sera tenté de participer à cette aventure. Patience et détermination seront ses armes pour venir à bout de ce livre et de son mystère.

On admire tout de même la prise de risque prise par l'auteur. Gaspard-Marie Janvier doit en avoir que faire des mauvaises critiques: « Je les broie comme la poussière qu'emporte le vent, le les dissipe comme le fer qui ronge la rouille ».

FIN ...

 

Aziliz, 1ère A Littéraire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Publié le 17 Mai 2013

Un titre intrigant.

 

Derrière se cachent Mathieu et Libero, deux grands gamins qui ont grandi ensemble en Corse. Un jour, une décision. Ils reprennent le bar du coin qui est à la dérive. Pas si facile quand on est aussi jeune et pas assez mature, même entouré de sa famille et de ses amis. Là commencent des retours dans le passé, voyages au cours desquels on apprend à mieux connaître Marcel, touchant grand-père de Mathieu, qui nous confie une partie de sa jeunesse et de sa vie d'adulte. On fait aussi la connaisance d'Aurélie, grande soeur de Mathieu, et de l'homme qui partage sa vie. Pourtant tout nous ramène toujours au bar. Pas si féérique que ça d'ailleurs. Après la joie du début font surface disputes, tensions et règlements de compte. Mais alors pourquoi les clients sont-ils toujours là ? Pour les caresses d'Annie, les chansons de Pierre-Emmanuel, le sourire d'Izaskun ou encore la naïveté et la timidité touchante de Virgile. Pour la vie, présente dans les rires rauques et gras, pour le pastis qui coule sans fin dans les verres, pour l'amour qu'on retrouve dans certains regards, pour la haine que l'on devine dans les coups de poing quotidiennement échangés.

 

Mais alors, quel rapport avec le titre ? A vous de le découvrir. Avec une plume sans retenue, un vocabulaire cru et sans non-dits, Jérôme Ferrari nous rapporte au fil des jours tout ce qu'a vu le bar. Des scènes de vie et parfois de mort, des destins croisés, emmêlés, qui se défont parfois. Sombrant régulièrement dans le genre vulgaire, ce livre ne plaira sûrement pas à tout le monde, et sans savoir pourquoi, on sait déjà que l'auteur s'en moque. Il nous bouscule tout au long du livre, il ne nous ménage pas, nous contant des détails sordides, intimes, dérangeants, nous balance tout à la tête. Et si on n'est pas content, c'est pareil.

 

A propos du Sermon sur la chute de Rome.

Julie, 1A.

 

http://lewebpedagogique.com/ccfclujmediatheque/files/2012/12/goncourt-2012-le-sermon-sur-la-chute-de-Rome.jpeg

 


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Publié le 17 Mai 2013

Critique littéraire

 

Qui l'aurait cru ?

 

 

http://www.franceculture.fr/sites/default/files/2010/04/23/62161/images/Joy%20Sorman.jpg?1347635681

http://3.bp.blogspot.com/-aj6gOUTPXnc/UE7VGMboB4I/AAAAAAAAF4Q/adFfXzsDBN8/s1600/Comme+une+bete,+Joy+Sorman.jpg

 

Je n'aurais pas cru que cette femme très classe au sourire malicieux puisse écrire un livre aussi violent. Comment a t-elle pu nous plonger dans cette histoire de chair et de sang ? Bien qu'elle évoque un fait divers paru dans un petit journal breton parlant de viande et de drogue , les raisons pour laquelle Joy Sorman a écrit ce livre restent tout de même très mystérieuses.

 

 

On sait que dans ce livre il est question d'un adolescent , Pim. Un jeune comme un autre qui cherche simplement sa vocation,ne sachant pas que faire de sa vie. Il va la trouver dans un centre d'apprentis aux métiers de la viande. Il va devenir boucher et nous immerger dans un monde qui nous est pour la plupart étranger. Avec le héros, nous avons un tout autre regard sur ce métier, une vision de la mort depuis les coulisses devant laquelle nous restons bouche bée. Une chambre froide avec un rapport entre l'homme en blouse blanche et l'animal sanglant dépecé, allant de l'abattement à la découpe de la bête... tout y est.

 

 

Y aurait-il un moment où Joy Sorman nous accorde un répit pendant ses descriptions macabres ? Non.

L'auteur nous laisse des images marquantes jusqu'à nous faire même ressentir un dégoût certain. Un vrai apprentissage du métier en 159 pages, centralisé autour de notre guide préféré. Terroriser devant ce monde immonde, le lecteur ne peut que se réfugier derrière Pim qui lui aussi est halluciné face a cette boucherie. Cette histoire est comme l'aurait dit celui-ci « A point ». J'ai adoré ce livre malgré des passages assez durs et répugnants. « Comme une bête » ne se tracasse pas du tabou , il nous saisit. Ainsi ceux qui ont lu ce livre gardent sur leur conscience ces images carnivores. A ne pas mettre entre toutes les mains, surtout celles des végétariens.

 

 

-Comme une bête de Joy Sorman.


Léo Tanguy 1L

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Publié le 23 Avril 2013

Écriture d'invention : Avant d'embarquer pour l'Afrique, Salvatore Piracci écrit une lettre à son ex-femme pour lui expliquer les raisons qui le poussent à tout quitter et ce qu'il espère trouver de l'autre côté de la Méditerranée. Écrivez cette lettre.
 
Dans la pièce froide, les rideaux sont tirés, la cheminée éteinte. Sur les pierres grises au milieu des cendres se consument lentement sous une fumée épaisse les derniers mots.
«                                                                                      Lundi 27 Décembre 2006, Catane.
                       Chère Anna,
 
                                          Déjà tant de temps s'est écoulé depuis ton départ. Ton absence m'a plongé dans un néant d'incertitudes.
Je m'en souviens. Tu t'es d'abord éloignée, puis m'as ignoré. Je t'ai croisé lors de ma première escale à Gênes, je n'ai pas osé t'aborder. Je sais maintenant que tu m'as oublié, tu es partie depuis trop longtemps.
 
Mais aujourd'hui je pars, Anna. Je quitterai la ville dans la nuit, sans me retourner. Seuls les bruits de mes pas déterminés résonneront dans les ruelles encore éclairées. Je ferai sans regrets mes adieux à cette ville endormie qui m'a emprisonné pendant ce temps anéantit. Je monterai alors à bord du Zephiro et laisserai sur la mer déchaînée mon identité, au rythme incessant du roulement des vagues. Les flots avaleront mon nom, ce nom qui m'a si longtemps collé à la peau, qui décidait à ma place qui j'étais et résumait mon existence. Mon souffle sera pétrifié en une fumée glacée dans la nuit claire.
 
Je ne veux plus être le visage affligeant de l'Europe, mais celui de l'honnêteté et de la dignité des hommes. J'envie les regards brillants de volonté de ceux qui tentent par tous les moyens de passer, Anna. Cet espoir, il n'en existe pas de plus forts.
 
Ne te fais pas de soucis pour moi. Dans quelques heures, je ne serai qu'un homme de plus sur la route de l'Eldorado. Et alors je serai libre.
 
Salvatore       »
 
Le jour se lève. Les rainures fines des volets clos laissent passer les rayons dorés. Dans la cheminée, les cendres ont été ramassées. Il ne reste plus rien.
Charlotte 1èreL.

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Publié le 19 Avril 2013

Mardi 2 aout 2006,

 

Ce soir, les hirondelles ont disparu. Les boulevards ont été désertés et le vacarme des klaxons n'est plus qu'un lointain et douloureux souvenir. Je gare la voiture sur la place de l'indépendance. Je suis entré dans notre café, celui où je venais tous les jours. Faycal lève la tête, son regard est vide. En me voyant, il acquiesce un petit sourire triste, puis baisse la tête. Les dès sont dans sa main, il les regarde. Je choisis une des tables qui donnent sur la terrasse comme à mon habitude, comme à notre habitude. Je reste dans la pénombre du café. Les orangers sont toujours présents sur la place, je les contemple une dernière fois. Je bois mon thé. Je déguste chaque goutte avec une lenteur mesurée. Je pose de l'argent sur la table. Je lance un dernier coup d’œil à l'assemblée puis m'en vais. Mon regard en dit long sur mes pensées. Ils comprennent. J'ai peur. Peur de la maladie, de la souffrance, du noir, de la solitude, de la mort, mais j'ai surtout peur pour mon frère. Où est-il aujourd'hui ? A t-il traversé la Libye ? La Tunisie ? L’Algérie ? Il me manque. Terriblement. Je repense à tous ces moments de bonheur partagé. J'ai envie de crier de douleur mais rien ne sort. Je suis trop faible. Je suis malade. Malade de savoir mon frère loin de moi, de ne plus pouvoir sourire, de ne plus avoir aucun rêve, malade tout court. Ça me détruit, je suis maigre. Je suis épuisé. Plus personne ne veut m'approcher, je suis seul. Je ne vis plus, je suis mort à l'intérieur. Je me dirige vers la voiture. Une fois assis au volant, je pleure. Je pleure toutes les larmes de mon corps. Je décide de faire un dernier tour de la ville. Tout est si différent depuis que mon frère est parti. Tout semble vide, sans sens, sans gaité. Je contourne les jardins de la grande avenue. Je m'arrête devant une épicerie. J'achète des dattes, ce goût la va me manquer. Je les déguste une par une, je prends mon temps. Je regarde la ville tout autour de moi. Les voitures. Les arbres. Les passants. Qu'est ce que je vais devenir, qu'est ce que Soleiman va devenir ? Plus frères que jamais. A tout jamais. Je ne vieillirai pas avec lui, j'en deviens fou. «je ne veux pas te perdre», telles sont ses paroles. Il va me perdre. Mais je serai dans son coeur pour toujours. Je veillerai sur lui d'en haut. Je dois m'en aller vers mon Eldorado. Je dois abréger ma souffrance. Il comprendra. J'ai peur, j'ai froid, j'ai mal, je meurs. C'est fini. 

 

 

 

Faycal replia ce bout de papier. Il en était tout bouleversé. Il avait trouvé cette page de journal près d'un oranger, ceux que Jamal aimait tant. Cet homme, son ami avait quitté ce monde et avait laissé son rêve pour d'autres. Il savait que Jamal veillait sur son frère Soleiman, sur les clandestins et sur ceux qui rêvaient d'Europe. Faycal se rappelait du bon vieux temps où Jamal et son frère se rendaient dans son café, où leurs yeux brillaient d'espoir. Ils lui manquaient. Mais cette époque était révolue.

 

 

Julie 1ère L 

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Publié le 19 Avril 2013

 

Blandine Kervern 1A



Un mal pour un bien



Faut-il marcher à béquilles pour mieux apprécier les choses de la vie ?

C’est bien involontairement que Vassilis Alexakis se retrouve perché sur deux

cannes suite à une opération. Ce handicap lui donne le temps de mieux apprécier

la vie et notamment de tout identifier, tout analyser. En effet, ce dernier raconte

avec une certaine fantaisie « ces jours un peu longs et tristes » de sa

convalescence, réanimant les héros de son enfance comme Tarzan, Don Quichotte

et bien d’autres. Il semble vouloir combler sa solitude. Ce livre original nous explique également une crise économique et évoque son pays d’origine, la Grèce. Mais un ancien critique littéraire lui assure que « les héros de nos romans ne sont pas attachés à l’argent ». Ce roman nous fait prendre conscience que la vie est courte, qu’on en a qu’une seule et qu’il faut en profiter du mieux que l’on peut.


De quoi parle ce livre ? demande l’un des personnages. « C’est un livre sur la vie et la mort […]. Sur la santé et la maladie, le mouvement et l’immobilité, le geste et la parole. » Il continu en haussant le ton : « Le mensonge et la vérité, le rêve et la réalité, la mémoire et l’oublie, la richesse et la pauvreté, la naïveté et la ruse. »

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Publié le 19 Avril 2013

 

Chère Maria,



Je t’écris pour t’annoncer mon départ imminent. Je pars. Où ? Je ne sais pas. Loin. De l’autre côté de la Méditerranée. Pourquoi ? Plusieurs raisons. Je me suis peut être trompé, garde côtes ce n’est pas fait pour moi. Je ne peux plus. Je ne veux plus. Voir ces innocents essayer désespérément de passer cette frontière, leurs yeux exprimant la déception la plus fatale seront gravés dans ma mémoire. Jamais je ne pourrai oublier leurs visages si tristes, si décomposés quand ils voient au loin les lumières de nos bateaux. Je ne veux plus être la cause de leur désespoir, je veux changer. Partir est la seule solution. Je souhaiterais tout oublier, recommencer une nouvelle vie. Je ne veux plus me tromper. Je pars pour me reconstruire, je veux passer de l’autre côté, changer de camp. Je veux me réveiller de ce cauchemar interminable. Qui sait ? Peut être que je vivrais heureux, ou bien peut être l’inverse, je vivrais péniblement sans personne à qui parler ni même Angelo, mais ce sera toujours moins pire que ma vie d’ici. Et puis je veux être sur d’avoir tout essayé. Cette lettre, je vais la signer, la poster, et ensuite, je partirai à l’assaut de cette mer. Sera-t-elle fatale pour moi, comme elle l’a fait pour ces nombreux clandestins ? Je n’ai rien à perdre. Je tente l’inconnu. Adieu.

SP.

 

Blandine Kervern 1A(L)

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