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Publié le 1 Décembre 2022

Véronique Méduse, Naples, 1990

Véronique Méduse, Naples, 1990

Inspirée de la mythologie grecque, l'œuvre représente le visage de la seule gorgone mortelle. Elle prend aujourd'hui une signification moderne.

Selon l’une des interprétations ancestrales de Méduse, Poséidon l’a violée dans un temple qui appartenait à Athéna, et c’est pourquoi la déesse a donné un pouvoir défensif à la Gorgone. 

L’acte cruel de Poséidon a laissé une trace sur son corps. Habituellement, elle est de couleur verte. Pourtant, dans cette représentation, elle est grise, comme si une partie d’elle s’était effacée. Seule la forme de son corps persiste, comme si son âme avait quitté l’enveloppe corporelle après l'agression du Dieu de la Mer et des Océans. Les reliefs gris du drap, blanc à l’origine, expriment l’innocence prise par l’agresseur. Si l’on observe bien l'arrière-plan, le drap est plus large en bas qu’en haut, comme si on le tirait vers le bas. C’est une allégorie du prédateur sexuel tirant sa victime vers le bas.

Aujourd’hui, Méduse tatouée sur un corps symbolise le viol. De même le point-virgule personnifie la dépression et les tentatives de suicide. Ce mythe est devenu le symbole du mouvement #MeToo ; et le compte Instagram féministe @maedusa_gorgon a pris cette déité en effigie. C’est une façon de souligner le soutien psychologique nécessaire aux victimes.

Prémonitoire, Ernest Pignon-Ernest a donné une expression de choc et de terreur à cette femme. Les victimes peuvent se reconnaître à travers Méduse et ses serpents représentés par des espèces différentes. Réagissant indépendamment les uns des autres, ils cherchent un moyen de s’échapper de cette situation : chaque personne a sa façon de réagir face à une situation aussi angoissante et terrifiante.

Ainsi, non seulement l’œuvre d’Ernest Pignon-Ernest rend justice à un mythe qui remonte à l’Antiquité, mais, elle peut aussi representer la parole qui s’est libérée. L’art est une arme pour argumenter. Il permet d’affronter de façon pacifique un problème et de le marquer pour les générations à venir puisqu'une œuvre persiste et peut être réinterprétée au fil du temps.

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Publié le 1 Décembre 2022

Paris 1975,  photo prise par Ernest Pignon-Ernest

Paris 1975, photo prise par Ernest Pignon-Ernest

Une femme meurt d'un avortement clandestin : elle n'a pas de qualité distincte, ses yeux sont barrés, remplacés par de la peinture noire, dégoulinante. On ne voit pas ses jambes et sa main est posée sur son ventre, au niveau de l'utérus. Elle est affaissée et nue, du sang semblant sortir de son vagin. Le fait qu'on ne puisse pas l'identifier renvoie à n'importe quel être humain de sexe féminin, sœur, femme, fille, cousine ou mère. Sa mort force à prendre parti pour une légalisation, afin de les protéger toutes.

          

Un cadre blanc entouré de tons noirs et gris l'isole. Impossible de l'ignorer. Pourtant l'homme qui passe ne la regarde pas. Il marche, tenant sa mallette à la main. Il tourne la tête, comme les hommes de l'Assemblée nationale qui votaient des lois régulant le droits des femmes à disposer de leurs corps, sans en voir les conséquences. L'installation, dans la rue, rappelle que les morts liées aux avortements clandestins se passaient dans l'espace public ou dans les domiciles.

        

La photo a été prise en 1975, juste après la loi Veil qui autorisait la contraception et l'avortement. Mais ce n'était pas remboursé, laissant la classe ouvrière démunie, si bien que les avortements clandestins et les risques de mortalité (infection, exsanguination) étaient fréquents. 

        

Par ce moyen, l'artiste rappelle aux générations suivantes la réalité d'avant la loi Veil, les morts et les blessés causés par l'ignorance des hommes. Ernest Pignon-Ernest est un militant dans sa création artistique, par sa façon de défendre les femmes et leur cause, de les mettre sous les projecteurs et de pointer l'hypocrisie sociale d'une époque. Son œuvre rappelle le passé sanglant de l'avortement. Revenir sur cet acquis pourrait mener à une nouvelle hécatombe : on n'arrête pas d'avorter, on le fait juste sans sécurité, ni aide.

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