Publié le 3 Décembre 2015

La survie avant tout

            Existe-t-il un homme sur Terre qui n’ait jamais rêvé ou, même plus sérieusement, envisagé, de tout laisser derrière lui afin de vivre une expérience intensément enrichissante, se libérant ainsi de la monotonie du quotidien, au moins pour un temps ? Rien n’est moins sûr. Seulement, entre la simple évocation d’un tel projet et sa réalisation, il peut survenir une incroyable palette d’événements, dont certains seront nécessairement susceptibles de rendre l’idéal impossible à atteindre. D’aucuns pensent qu’en cas d’incident malencontreux, rien ne sert de lutter afin de trouver une solution au problème et qu’il est préférable d’abandonner dès la première complication venue. Ce n’est pas le cas du couple formé par Louise et Ludovic, qui a décidé de mener son ambition à bien, et travaille d’arrache-pied pendant des mois en vue de faire le tour de l’Atlantique en bateau.

            Isabelle Autissier démarre son récit par une journée qui « promet d’être sublime ». Mais elle se transforme en cauchemar pour le couple qui se retrouve bloqué sur une île déserte sans moyen de communiquer et forcé d’attendre l’éventuelle venue d’un navire scientifique. Munis d’une quantité restreinte de vivres, ils doivent donc s’organiser afin de survivre en dépit du froid, du vent, du manque d’abri et de nourriture. Leur combat « contre les milliers de kilomètres de désert liquide, contre la solitude, contre la mort » est décrit avec un réalisme effroyable qui rend l’intrigue aussi poignante que les personnages touchants et permet l’élaboration d’images visuelles précises, parfois formidablement dérangeantes. La succession systématique de minces espoirs et de cruelles déconvenues subies par nos Robinson les affaiblit peu à peu tant physiquement que psychologiquement, au point que leur relation devient tendue, voire déplorable. De violentes disputes éclatent au sujet de la responsabilité de chacun dans leur situation actuelle, de la façon de gérer leur piètre pitance, essentiellement composée d’eau chaude et de manchots dépecés. De denses et vibrants dialogues renforcent l’immersion dans un récit toujours plus captivant au fur et à mesure qu’il avance.

         L’intensité du roman atteint son paroxysme au moment où Louise, d’ordinaire de nature fragile et timide, décide de partir chercher une supposée base scientifique à travers les glaciers et espère y trouver de la nourriture supplémentaire. Seulement, elle se résout à y aller seule et sans prévenir Ludovic, qui, selon elle, est trop diminué pour tenter le voyage. Elle quitte donc la base en pleine nuit, en abandonnant, en quelque sorte, l’homme de sa vie. À cet instant précis, son instinct de survie a pris le pas sur tout le reste : l’amour qu’elle nourrit pour lui, sa solidarité, sa bienveillance et même sa compassion envers lui ont été réduits à néant. Ce passage est empreint d’une rare puissance, car l’héroïne a pris une décision, ne peut plus faire machine arrière et devra répondre de ses actes jusqu’à la fin de sa vie.

            Non content de nous divertir et d’éveiller en nous de nombreuses questions déontologiques, Soudain, seuls nous délivre une véritable leçon de vie, qui nous invite à ne réécrire le passé en aucun cas et encourage à se concentrer sur le présent pour influer sur le futur.

Delhio, 1S2

Soudain, seuls – Isabelle Autissier

Voir les commentaires

Rédigé par Delhio, 1S2

Publié dans #Critiques littéraires - Goncourt 2015

Repost0

Publié le 3 Décembre 2015

Ce Pays qui te ressemble, Tobie Nathan

 

 

Les secrets inavoués du Caire

 

 

En 1925, dans la ruelle aux juifs du Caire, naît Zohar, garçon fragile et incompris, fils d'Esther la folle et de Motty l'aveugle. Fragile car nourri par la mère de Masreya, le nouveau-né de Jinane, danseuse et chanteuse musulmane. Incompris car hermétique aux conseils de sa famille et dissimulant ses talents les plus insoupçonnés.

 

Tobie Nathan raconte dans Ce pays qui te ressemble l'histoire de ce garçon attachant qui côtoie le roi, les sorcières musulmanes, les rabbins, les prostituées, les djihadistes, les drogués, les nazis, ainsi que Masreya, sa sœur de lait, avec qui il entretient pendant plusieurs années une relation amoureuse.

 

Tobie Nathan nous fait ressentir le réalisme de son récit en nous décrivant à la perfection le mode de vie des Égyptiens dans ces quartiers pauvres du point de vue de Zohar, mais aussi l'opinion des autres quand on naît de parents éperdument amoureux mais anormaux et que l'on trahit sa religion. «Si j'ai quitté l’Égypte, l’Égypte ne m'a jamais quitté. Quelquefois je pense que c'est seulement mon âme qui est partie, alors que moi je suis resté là-bas, seul, errant, comme durant ma jeunesse». C'est en effet ce que l'on ressent à la fin de la lecture de ce roman, le sentiment profond d'avoir effectué une petite escapade en Égypte.

 

Ce pays qui te ressemble ou le voyage de 'Haret el Yahoud au palais royal du Caire, en passant par Bab et Zouweila.

 

Lisa

1ES1

Voir les commentaires

Rédigé par Lisa 1ES1

Publié dans #Critiques littéraires - Goncourt 2015

Repost0

Publié le 3 Décembre 2015

Ce pays qui te ressemble  Tobie NATHAN

Balade au cœur de l'Egypte

Harel EL Yaoud, Bab el Zouweila, Rue Ma'Roul...

Dans son dernier roman, Tobie NATHAN nous entraîne dans ces ruelles du Caire, sa ville natale et nous ouvre les portes d'un univers vivant au fil du temps, et de quelques vies. On visite l’Égypte à travers ses mots, ses couleurs et des senteurs mélangés à l'arabe du pays. Il nous guide pour nous faire découvrir la vie égyptienne durant la seconde guerre mondiale. Mais pas seulement. C'est aussi celle de Zohar Zohar qui nous est contée. Que serait-il sans Ester, cette mère sorcière qui lui a donné naissance grâce à la magie ? Sans ce père aveugle qui l'a fait grandir au son du chant du Cantique des Cantiques ? Sans Jinane qui l'a sauvé, cette mère de lait et sans Masreya, « l'Egyptienne », cette sœur de lait qu'il aime passionnément malgré leur union interdite ?

C'est en s'égarant dans ces rues que l'on voit évoluer tous les personnages, la politique et le décor. On découvre le quotidien d'un peuple, principalement celui vivant dans un ghetto juif. On les voit cohabiter, grandir et vieillir dans une communauté pauvre où la religion et la famille ont une place primordiale. Vous voyez-vous aujourd'hui vivre dans de petites maisons, où la famille est presque oppressante, où tout le monde a son mot à dire sur votre vie, où votre conduite est dictée par les autres et par la religion ? Personne actuellement ne se voit vivre comme cela. Pourtant l'auteur nous le décrit avec la couleur et la magie de l’Égypte et nous attache à cette culture.


Avec sa mélancolie de l’Égypte, Tobie NATHAN nous entraîne à travers « Ce pays qui te ressemble ». On s’émerveille avec ce livre qui, tel un film, nous montre de belles images vivantes et colorées qui ne nous montre pas seulement l'histoire de ses héros. C’est aussi l’histoire réelle d’un peuple subissant les conséquences de la seconde Guerre Mondiale.

Manon , 1 ES 1

Voici l'image de couverture du livre

Voici l'image de couverture du livre

Voir les commentaires

Rédigé par Manon

Publié dans #Critiques littéraires - Goncourt 2015

Repost0

Publié le 3 Décembre 2015

Au pays du p'tit, Nicolas Fargues

Un p'tit avis

 

Hanté par le temps qui passe, le sentiment d'être bientôt hors course dans une société dont le cœur battant a, selon lui, entre 26 et 28 ans, l'âge cible de Facebook, du TGV ou des boîtes de nuits, Romain Ruyssen est le héros du dernier livre de Nicolas Fargues. Sociologue quadragénaire, il compense la haine de soi par celle de ses semblables : les Français, « un peuple exceptionnellement conservateur, frileux, paresseux, infantile, hystérique, individualiste, arrogant et égoïste. » Dans ce roman, Nicolas Fargues nous présente un personnage aussi détestable que touchant. Lassé, désabusé, Romain pense avoir déjà tout vécu : la vie n'a plus d'attrait pour lui, hormis peut-être les femmes et le voyage. Peut-être, car jouer le rôle d'un séducteur aux fins uniquement prédatrices, ce n'est pas aimer. Quant aux voyages, si ce n'est par mépris de son propre pays, ceux-ci n'ont pas grand intérêt …

On en vient à s'interroger sur le titre du roman, première impression du lecteur : quel sens donner à cette expression familière utilisée à maintes et maintes reprises par le narrateur ? « Un ''p'tit'' café, un ''p'tit'' resto, un ''p'tit'' ciné, une ''p'tite'' balade, un ''p'tit'' week-end, un ''p'tit'' câlin, ... » On se rend très vite compte, encore une fois, qu'il s'agit d'une manie propre aux français de participer au dénigrement du monde.

Ce roman est à la fois drôle et agaçant. On rit beaucoup des défauts de notre nation, ainsi que de la lâcheté masculine représentée par le personnage. Mais on rit jaune aussi, car malgré la pointe d'ironie suggérée par l'auteur, celle-ci frappe souvent juste.

 

Au pays du p'tit campe un personnage délicieusement insupportable et nous plonge dans un univers étrange entre le roman et l'essai.

 

Lucie, 1ES1

Au pays du p'tit, de Nicolas Fargues

Voir les commentaires

Rédigé par Lucie 1ES1

Publié dans #Critiques littéraires - Goncourt 2015

Repost0

Publié le 2 Décembre 2015

Détroit, ville fantôme ou ville de fantômes … ?

         Détroit, ancienne capitale de l’industrie automobile américaine, est désormais à genoux… La crise des "subprimes" en est la principale cause. Détroit devient progressivement une ville "doughtnut" comme le dit un des personnages de ce roman : pauvre et vide au centre, riche en périphérie, comme rongée. Cette ville dont les écoles se vident est vouée à la perdition… C’est dans ce paysage dévasté où le silence résonne que Thomas Reverdy a imaginé son dernier roman. Le lecteur y découvre cinq personnages dont les histoires se croisent lors de l’automne 2008, funeste période de l’économie mondiale.

         C’est dans un quartier au passé industriel flamboyant, mais aujourd’hui déjà presque fantôme, qu’Eugène, jeune ingénieur français, est nommé pour superviser le nouveau projet automobile , « L’Intégral », destiné à relancer l’économie de l’ « Entreprise ». Logé dans une tour au pied de laquelle se trouve ce qu’ils appellent tous, « la Zone », il tente de faire correctement son travail. En vain, car son supérieur hiérarchique ne lui répond plus depuis longtemps. Alors, pour fuir la solitude et ne pas sombrer complètement, il se rend tous les soirs au Dive In, bar qui désemplit peu à peu et que tient Candice, jeune fille au rire brillant et aux lèvres rouges. C’est ici aussi que vit Charlie, adolescent de douze ans, qui choisit de fuir, un matin. Il laisse derrière lui sa maison et sa grand-mère, Gloria, pour soutenir son meilleur ami battu par sa mère. Mais ils ne fuient pas seuls : à Détroit, ce sont des dizaines, des centaines d’enfants qui ont disparu. Mais pour aller où ? C’est l’obsédante question que se pose le lieutenant Brown, en charge de l’enquête. Les médias parlent d’une crise sans précédent, d’une « Catastrophe ». Les gens commencent à perdre leur emploi, leur voiture, leur maison… C’est la ville qui se fissure, se craquèle…Peu à peu, elle se vide de ses habitants, et ceux qui décident de rester sont comme engloutis les uns après les autres.

         L’auteur fait de Détroit un personnage à part entière, cruel, sans pitié ; on l’entendrait presque respirer. L’hiver s’installe et la neige recouvre la ville d’un linceul immaculé. Il décrit sa mort lente et inexorable. Mais il s’attache surtout à conter le parcours de cinq personnages d’origines et d’âges divers, qui y vivent ou survivent. La ville fantôme fera-t-elle de ses derniers habitants des fantômes ? Le modèle économique s’effondre entraînant les plus fragiles dans sa chute. Toutefois, l’humain possède des ressources qui lui permettent de faire face et de se relever. La ville n’entraînera pas tous les habitants dans son tourbillon de désolation. Les personnages résistent, ensemble, et touchent le lecteur au cœur. L’écriture est à la fois poétique et sociologique, simple et pleine de souffle, et le roman, captivant et optimiste. L’auteur peint cet espoir immense, ce cri de rage et d’amour, démesuré, d’une grand-mère pour son petit-fils, d’un ingénieur pour une serveuse, d’une envie terrible de continuer à vivre malgré tout. Le lecteur, comme happé, évolue dans une atmosphère lourde, pesante, contemplant un effondrement sans précédent : uniquement des maisons et des immeubles, abandonnés et même en ruines et il comprend que Détroit symbolise la fin d’une civilisation : la nôtre.

         Les habitants de Détroit ont un dicton : « Que la dernière personne à quitter Détroit éteigne la lumière … », mais cette lueur ne mourra jamais, car elle est celle de l’espoir …

                                                                                                                            Alexandre 1S2

Il était une ville, de Thomas B. Reverdy

Voir les commentaires

Rédigé par Alexandre 1S2

Publié dans #Critiques littéraires - Goncourt 2015

Repost0

Publié le 28 Novembre 2015

Un pays aux mille visages

 

      En 1957, Tobie Nathan doit quitter l’Égypte après la révolution. Dans Ce pays qui te ressemble, il nous fait découvrir son pays perdu, celui d'avant, dans la nostalgie et l'émotion.

     1925. Haret El Yahoud. Ghetto juif du Caire, où se mêlent les anciennes croyances et les superstitions héritées de temps lointains. C'est là que naît Zohar Zohar, fils d'Esther, la « sorcière », qu'on a cru si longtemps habitée d'un démon, et de Motty, l'aveugle. Un bébé chétif, ce Zohar, qui vit à peine, qu'on ne peut allaiter, et voilà qu'on doit faire appel à Jinane, une danseuse du Delta, pour le sauver. Ainsi débute la vie de Zohar, « l'insoumis », « la Fumée », dans la tendresse d'un foyer, parmi les contes, chants et les danses, et dans l'interdiction absolue d'aimer sa sœur de lait, Masreya, « l’Égyptienne ».

     Une rencontre, voilà ce qu'est Ce pays qui te ressemble. Une rencontre avec l’Égypte, dans sa magnificence, dans sa puissance, et dans sa chute.

     Tout au long de notre lecture, le titre de ce livre nous hante : Ce pays qui te ressemble... Mais à qui ressemble donc l’Égypte ? À Zohar, insoumis, loyal, insaisissable ? À Masreya, la « danseuse enchanteresse », qui change sa vie ? À Farouk, dernier des pharaons, dans sa grandeur, puis sa décadence ? Ou bien à Nino, qui s'insurge, qui se révolte, pour finalement se perdre ? À moins, bien sûr, qu'on ne nous parle du petit peuple de la ruelle, qui vit loin du pouvoir, dans un monde de magie et de sortilèges ? Tobie Nathan nous emporte à travers un pays aux multiples visages, dont on ne peut saisir qu'un seul aspect à la fois, et qui, lorsqu'on croit l'avoir enfin compris, disparaît pour nous laisser entrevoir une autre de ses faces.

   On découvre l'envers de la guerre, qui change la vie de Zohar. Cette seconde guerre mondiale, qui voit d'un côté la montée de l'antisémitisme et la peur des juifs de voir les nazis envahir leur pays, et de l'autre l'espoir de certains Égyptiens qui souhaitent le départ des Britanniques. Cette guerre aux mille retombées crée la pauvreté et la misère chez certains, enrichit d'autres, et divise le peuple égyptien à jamais.

    Mais, derrière la cruauté et la haine, apparaît un visage éternel : celui de l'amour, qu'on retrouve un peu plus à chaque page. Dans le lien qui unit Esther et Motty, couple atypique mais indestructible. Dans le regard que porte Zohar à sa sœur de lait, Masreya, son interdit, son âme sœur, « la mère de tous [ses] amours ». Dans les chansons et les danses, qui façonnent la vie, qui créent le désir, et qui sèment les graines de la passion.

    Tobie Nathan réussit, par la poésie et la justesse de ses mots, à nous faire découvrir un pays dont on ne connaît que les pyramides et les pharaons. En ouvrant son roman, on tombe dans un piège : les pages défilent encore et encore, sans que l'on puisse les arrêter. Il réussit à nous transporter à des milliers de kilomètres, et à nous faire remonter le temps pour que l'on replonge dans l'Égypte du milieu du XXe siècle. Résumer un pays et 30 ans d'histoire en seulement un peu plus de 500 pages, c'était un pari risqué, mais gagné grâce une finesse d'écriture et un style admirable.

      Et dans les mots de Tobie Nathan résonnent les frasques d'une Égypte oubliée, à la fois celle d'hier et d'aujourd'hui.

Lucille, 1S2

Ce pays qui te ressemble, Tobie Nathan

Voir les commentaires

Rédigé par Lucille, 1S2

Publié dans #Critiques littéraires - Goncourt 2015

Repost0

Publié le 27 Novembre 2015

A quand la Fin du Monde ?

 

         Se souviendra-t-on éternellement des siècles d'Histoire, de découvertes et de guerres qui nous précèdent ? Ou bien assistera-t-on, un beau jour, à l'écroulement de cette civilisation, à l'avènement d'un Ordre Nouveau et à la Fin du Monde ?

        L'Abistan est un immense empire déchiré par une multitude de Guerres Saintes, sans frontière, dont les soixante provinces s'étendent sur toute la planète ; il tire son nom d'Abi, Délégué sur Terre du Très-Haut Yölah -gloire à lui-, et prophète du Gkabul, religion universelle qui se base sur la foi, la soumission et l'acceptation aveugles de ses croyants. A Qodsabad, la capitale, tout le monde vit dans la méfiance de l'autre et dans l'espoir d'une existence idéale dans l'au-delà ; les hérétiques sont dénoncés par leurs voisins, arrêtés, puis jetés dans un stade et battus à mort. Après un séjour d'une année dans un sanatorium coupé du monde, Ati, habitant de la capitale, se questionne sur le Système : Qui est-il ? D'où vient le Gkabul ? Et que signifie cette date, 2084, marquant la fin et le début de tout ? A ces questions s'ajoute la rencontre de Nas, un archéologue condamné par le Système pour avoir découvert les vestiges d'un ancien monde, plus ancien encore que l'avènement d'Abi sur Terre...

       Voilà un récit profond, intelligent et poignant sur l'hypocrisie et le danger d'une potentielle dictature religieuse ; la précision de la psychologie d'Ati nous transporte dans l'ambiance froide, écrasante, étouffante d'un monde régi par la Pensée Unique. On se questionne avec le héros, on cherche des réponses, et l'on se prend de pitié pour ce peuple sans souvenirs, sans saveurs, divisé par la couleur des vêtements, où chacun vit dans le confort de son petit quartier, noyé dans l'immensité du pays dont la Frontière est une légende urbaine... Et puis l'on imagine un monde pareil, où la parole d'un prophète pourrait faire basculer la population entière dans l'ignorance, la peur, l'obéissance à une croyance supérieure, au sacrifice de la liberté et de la pluralité des pensées...

      Fort heureusement, cela n'est pas près d'arriver. Comme l'écrit l'auteur : « Dormez tranquilles, bonnes gens, tout est parfaitement faux et le reste est sous contrôle. »

Malo, 1èreS 2

2084, La Fin du Monde, de Boualem Sansal

Voir les commentaires

Rédigé par Malo 1èreS 2

Publié dans #Critiques littéraires - Goncourt 2015

Repost0

Publié le 26 Novembre 2015

Une histoire pimentée

 

      Lecture au son du Griot Rouge d’Ablaye Cissoko. L'atmosphère est posée : Loango, à vingt kilomètres de Pointe Noire, au Congo, dans un orphelinat, « institution placée sous l'autorité abusive et corrompue de Dieudonné Ngoulmoumako ».

      « Tout avait débuté à cette époque où, adolescent, je m'interrogeais sur le nom que m'avait attribué Papa Moupelo, le prêtre de l'orphelinat de Loango : Tokumisa Nzambe po Mose yamoyindo abotami namboka ya Bakoko. Ce long patronyme signifie en lingala « Rendons grâce à Dieu, le Moïse noir est né sur la terre des ancêtres », et il est encore gravé sur mon acte de naissance… » Voici comment Moïse, orphelin depuis sa naissance, commence son histoire. Une histoire qui le mènera à s'évader de cet orphelinat devenu la « pépinière du Parti congolais du travail » durant la « Révolution socialiste scientifique » dans les années 70 ; une histoire qui, malgré les formidables rencontres qui le lient à cet établissement, va le pousser à quitter son meilleur ami, Bonaventure ; une histoire qui le rendra chez Maman Fiat 500 et ses dix filles ; une histoire qui ne cessera de changer ses repères, ses fréquentations.

      Nous suivons donc ce petit Moïse, alors âgé de treize ans, dans les couloirs et les bâtiments de son orphelinat jusqu’au moment où il nous entraîne en dehors de ces murs qui sentent l’embrigadement forcé à plein nez et où il laisse son meilleur ami derrière lui. Arrivés à Pointe Noire, nous vagabondons avec lui entre les étals du Grand Marché, chapardons de quoi manger et renversons les bandes adverses. Puis vient la rencontre avec celle qui va changer le cours de sa vie : Maman Fiat 500 va l’héberger et lui trouver un travail maintenant qu’il est âgé d’une vingtaine d’années. Pensant avoir tracé le reste de sa vie, le malheur vient s’abattre sur lui comme s’il n’avait pas déjà assez souffert. Le choc est terrible : pendant presque vingt ans il se bat contre cette vie qui ne lui correspond pas mais finit par une rencontre en apothéose.

      Petit Piment est un livre mêlant l’histoire d’un pays en pleine révolution et celle d’un jeune Congolais qui en subit les conséquences. Ce roman nous plonge dans un autre univers : c'est une très belle leçon de vie qui nous apprend qu’il ne faut pas s’arrêter à ce que l’on a, car tout peut s’effondrer en un claquement de doigts.

Anaël, 1èreS2

Petit Piment, Alain MABANCKOU

Voir les commentaires

Rédigé par Anaël, 1°S2

Publié dans #Critiques littéraires - Goncourt 2015

Repost0

Publié le 26 Novembre 2015

      Il est ethnopsychiatre, professeur de psychologie, mais aussi essayiste et romancier. Tobie Nathan, né au Caire en 1948, a été contraint de quitter son pays natal à l'âge de neuf ans mais reste amoureux du souvenir qu'il en garde. A travers son dixième roman, il révèle ses talents de conteur au grand jour. Une saga mordante, empreinte de sensualité et de nostalgie, aux couleurs et aux odeurs de l’Égypte d'un temps passé.

      Quartier juif du Caire, 1925. De l'union d'Esther, hantée par les démons, et de Motty, l'aveugle, naît un fils : Zohar (“joyau”). L'enfant tant désiré mais chétif est, à peine venu au monde, déjà prêt à le quitter. Esther n'a pas de lait à donner à son fils qui dépérit. Il ne doit sa survie qu'au sein d'une jeune femme musulmane, Oum Jinane à la voix d'or, venant d'enfanter Masreya. En cet instant, Zohar ne sait pas qu'il partage le lait de sa seconde mère avec celle qui sera l'amour de sa vie. Les sorts des deux frères de lait sont liés à jamais : le Juif aux grands yeux noirs et l'Egyptienne à la peau sombre s'aiment d'un amour passionnel, mais interdit, contre lequel ils ne peuvent lutter.

      Tobie Nathan nous plonge au cœur d'une Égypte multiple, peuplée de Musulmans, de Juifs, de Coptes, de Grecs, d'Arméniens... Une Égypte flamboyante, truculente, aujourd'hui disparue. Selon l'auteur, c'est une erreur que de croire aujourd'hui que pour vivre ensemble, il faut être semblable. Cette merveilleuse fresque nous emporte en un voyage vertigineux dans le temps et l'espace, dévoilant une page d'Histoire méconnue de beaucoup à travers la vie des personnages, complexes et attachants. Ce pays qui te ressemble raconte la chute d'un monde ancien, baigné de magie, de sortilèges et de talismans et l’avènement d'un monde moderne, divisé, violent et méfiant. C'est un roman foisonnant, qui évoque l'histoire de l’Égypte du XXe siècle, de la grandeur du somptueux roi Farouk jusqu'à l'arrivée au pouvoir de Nasser en 1952, avec pour point d'orgue l'expulsion des Juifs. Il aborde également, entre autres, la poussée soudaine de la Confrérie des Frères musulmans qui entraîne l'islamisation du pays. A l'heure où l'islamisme radical est devenu une menace terroriste permanente, où le djihadisme est aux portes de nos sociétés occidentales, voilà une opportunité de comprendre les racines du mal.

      Le roman, écrit dans une très belle langue, est ponctué de métaphores et d'allégories ainsi que d'incantations et de chansons conférant au récit une suave musicalité. Il entremêle à la perfection la petite et la grande histoire. C'est une belle réussite, malgré quelques longueurs et un début de récit peu entraînant. Coup de cœur.

Noemi, 1S2

Ce pays qui te ressemble, de Tobie Nathan

Voir les commentaires

Rédigé par Noemi 1S2

Publié dans #Critiques littéraires - Goncourt 2015

Repost0

Publié le 25 Novembre 2015

Une vie épicée

 

       Un nouvel enfant est abandonné sur le seuil de l'orphelinat de Loango.

       Alain Mabanckou, un écrivain déjà reconnu grâce à ses œuvres comme Verre Cassé ou encore Mémoire de Porc-épic, est un Congolais qui connaît bien l'Afrique et qui la fait vivre dans ses écrits.

      « Tokumisa Nzambe po Mose yamoyindo abotami namboka ya Bakoko ». Voilà le nom complet du dit « Petit Piment », le héros de ce livre. Ce nom à rallonge lui a été donné dans l’orphelinat de Loango où il a été accueilli, après avoir été abandonné. Il vit une enfance plutôt difficile, mais adoucie grâce à Papa Moueplo, le prêtre de l'orphelinat. C’est lui qui a choisi le long prénom que porte celui qui se fait appeler "Petit Piment". Il le considère comme son propre père, ou comme une sorte de sauveur, seule lumière dans la sombre prison qui lui sert de maison. Mais, à cause de la politique du Congo et du directeur tyrannique de l’orphelinat, il doit fuir de ce lieu, devenu centre de formation d'enfants pour la révolution congolaise. Papa Moueplo s'est fait renvoyer et le bonheur n'y est plus présent.

       Nous le suivons donc dans ses péripéties à Pointe Noire, nous apprenons comment il a grandi entre les rues, comment il a rencontré Maman Fiat 500 et comment il est devenu fou...

        Avec cette histoire mouvementée, Alain Mabanckou nous emporte dans son aventure avec le personnage de Petit Piment, qui semble être visé directement par la politique mouvementée du Congo. L'écriture est plutôt fluide, truffée d'anecdotes et de descriptions détaillées, ce qui nous donne envie de continuer, de savoir ce qui va lui arriver, en croisant les doigts, en espérant qu'il ait enfin le droit à sa revanche contre la politique qui a gâché sa vie.

       Même si le livre perd de son rythme au fil de la lecture, on s'attache très facilement aux personnages et on ressent bien les émotions qu'il contient, ce qui rend le récit très prenant et vivant.

       Petit Piment est un bon livre dans l'ensemble, mélange d'espoir et de tristesse, avec un fond de mélancolie...

Emilien, 1S2

 

 

Petit Piment, de Alain Mabanckou

Voir les commentaires

Rédigé par Emilien, 1S2

Publié dans #Critiques littéraires - Goncourt 2015

Repost0